Le sang du cordon, don de vie

don du sang cordonDepuis le mois de mars 2011, Julie Petit, sage-femme, est chargée de mettre en place le don de sang de cordon à la maternité de l’hôpital Antoine-Béclère (Hôpitaux universitaires Paris Sud, AP-HP) en partenariat avec l’Etablissement Français du Sang de Créteil. Entretien.

 

 Assez méconnu du grand public, le don de sang de cordon est pourtant porteur de nombreux espoirs. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette pratique ?

Le sang que nous souhaitons recueillir est le sang qui reste dans le placenta et le cordon ombilical (sang de cordon ou sang placentaire) après la naissance de l’enfant. Ce sang, malheureusement détruit dans la majorité des cas après la naissance, contient des cellules souches « hématopoïétiques », cellules qui peuvent donner naissance aux différentes cellules présentes dans le sang et qui se trouvent également dans la moelle osseuse. La greffe de ces cellules souches contenues soit dans la moelle osseuse, soit dans le sang du cordon peut permettre de sauver la vie de patients atteints de maladies malignes du sang (telles que certains cancers et certaines leucémies), de déficits immunitaires ou de maladies génétiques rares. Le prélèvement a lieu dans les minutes qui suivent l’accouchement, lorsque le cordon ombilical vient d’être coupé et que le placenta est encore dans l’utérus. Ce geste est totalement indolore et ne présente aucun risque, ni pour le nouveau-né, ni pour la parturiente.

Quelle est la genèse de ce projet à l’hôpital Antoine-Béclère ?

Ce projet a vu le jour à l’initiative du Professeur René Frydman et du Professeur Alexandra Benachi sur une proposition de l’Etablissement Français du Sang de Créteil. Le don de sang de cordon est encore peu répandu en France. Chaque individu a un phénotype génétique différent provenant des gènes présents chez ses deux parents. Seuls les frères et sœurs ont une probabilité d’être compatibles. Une greffe intrafamiliale peut être proposée lorsque l’un des enfants est malade. Il est pratiquement impossible d’être compatible avec un ami, une cousine ou son voisin. Lorsqu’il n’y a pas de fratrie, il faut rechercher un greffon avec un phénotype quasiment identique. Le don de moelle osseuse et de sang placentaire n’est pas encore suffisant en France pour avoir un panel large de phénotypes pouvant répondre à chaque demande et permettre ainsi de soigner tous les malades nécessitant une greffe de cellules souches hématopoïétiques. Les hôpitaux français doivent faire appel à la Banque Internationale pour obtenir des greffons phénotypiquement compatibles. Ces greffons proviennent notamment des Etats-Unis, engendrant un impact financier très important pour la sécurité sociale. Le service de Gynécologie-obstétrique de l’hôpital Antoine-Béclère (AP-HP) participe à la création d’une banque de cellules souches sur le territoire français. Mon rôle consiste notamment à faire connaître ce procédé et à recruter les patientes pendant leur grossesse qui pourraient donner leur sang de cordon à l’accouchement. Je les reçois lors d’un entretien médical vers le 7ème mois. J’ai aussi dispensé des formations théoriques et pratiques à l’équipe présente en salle de naissance.

Cela se passe de manière très naturelle. J’informe les patientes qui doivent accoucher à la maternité de l’hôpital Antoine-Béclère de l’existence du don de sang de cordon. L’investissement demandé à la parturiente est peu contraignant ; seuls un entretien médical, une prise de sang à leur entrée en salle de naissance et un certificat médical au 2ème mois de l’enfant sont demandés. Il y a vraiment très peu de refus de la part des couples. En règle générale, les futurs parents sont heureux de savoir qu’en donnant la vie, ils auront également l’opportunité de participer à sauver une autre vie. Le plus dur finalement, c’est d’expliquer à certains couples qu’ils ne peuvent pas donner : les contre-indications à ce type de don sont en effet très nombreuses (hypertension artérielle chronique, antécédents de maladies génétiques ou de cancer dans la famille,..) Ce don se fait de manière entièrement anonyme, l’identité de la donneuse et celle du receveur restant secrètes. Néanmoins, si la poche de sang placentaire donnée est greffée à un malade, la patiente est informée par l’Etablissement Français du Sang de Créteil que son don a permis de sauver une vie. La donneuse sait alors qu’elle est un des maillons d’une grande chaîne de solidarité biologique.

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A l’hôpital Antoine Béclère (AP-HP), les prélèvements ont débuté le 9 mai 2011. Au 31 octobre, 203 prélèvements ont été effectués, et 75 ont été enregistrés au niveau de la liste de greffe « France Moelle ». A l’AP-HP, cette activité est également exercée depuis plusieurs années à l’hôpital Trousseau et à l’hôpital Robert Debré.

Extrait du Webzine AP-HP – Novembre 2011