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Histoire, Musée, Archives

Histoire et Patrimoine

L'enfance assistée, mission emblématique de l'Assistance Publique

Au moment de sa création en 1849, l'Assistance Publique est chargée de concevoir et de mettre en œuvre une politique sanitaire et sociale à l'intention de l'ensemble de la population indigente de Paris. A ce titre, elle a pour mission de gérer le service des Enfants-Trouvés, qui puise ses racines dans l'œuvre de Vincent de Paul. Le service de l'aide à l'enfance reste une mission emblématique de l'Assistance Publique jusqu'en 1961, date à laquelle il est transféré au département.

L'évolution des modes d'abandon

L'abandon, un fléau social
Le réveil de l'abandonné, marbre de Robert, 1894

Dès le 17e siècle, l'abandon des enfants constitue un véritable fléau dans la société française. Au siècle suivant, la situation s'aggrave encore. La progression des abandons est due à la misère des classes populaires, mais aussi au développement des naissances illégitimes lié à la liberté des mœurs qui caractérise le 18e siècle. Le nombre d'enfants abandonnés à Paris progresse de façon spectaculaire et inquiétante. On y compte plus de 7 000 abandons par an dans la période qui précède la Révolution. La pratique la plus courante consiste à "exposer" son enfant dans un lieu public, souvent sous un porche d'église. Beaucoup d'enfants sont également abandonnés à l'hôpital après leur naissance ou chez les sages-femmes.

 

Le Tour d'abandon
Le Tour d'abandon
de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul
19e siècle

Vers 1800, plusieurs villes mettent en place des tours d'abandon. Il s'agit d'un guichet tournant installé dans la façade des hospices. Ce dispositif permet aux parents de déposer leur enfant dans l'anonymat et en toute sécurité. Ils laissent parfois dans les langes des nouveau-nés des signes de reconnaissance gardant l'espoir de leur identification, voire d'une future restitution. Le décret impérial du 19 janvier 1811 officialise l'usage du Tour d'abandon. A Paris, ce dispositif ne semble avoir fonctionné qu'une cinquantaine d'années (entre les années 1810 et 1860).

 

 

L'abandon à la fin du 19e siècle
L'abandon, L'Illustration, mars 1882

Les conditions dans lesquelles les enfants sont accueillis à l'hospice des Enfants-Assistés (rue d'Enfer) à la fin du 19e siècle sont assez bien connues. Certains enfants sont conduits à l'hospice par les commissariats de police ou par les hôpitaux (quand leurs parents y sont hospitalisés). Mais la plupart des abandons se font directement à l'hospice. Le Tour d'abandon, supprimé depuis 1863, a été remplacé par un Bureau des admissions, ouvert 24h sur 24. Les mères y sont introduites séparément et interrogées sans témoins par un commis. Quand une mère vient pour abandonner son enfant, l'employé s'efforce de lui faire comprendre la gravité de son acte. Pour l'encourager à garder son enfant, il lui offre un secours en argent ou en nature (nourrices, layettes). Le bulletin de naissance de l'enfant est la seule pièce exigée pour l'abandon. Aussitôt reçu, l'enfant est inscrit sur le registre des arrivants, puis immatriculé. Ce numéro d'ordre est mentionné sur le livret de l'enfant et gravé sur une petite médaille suspendue à un collier en os qu'il doit porter à son cou jusqu'à sa sixième année révolue.

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L'organisation progressive des structures d'accueil

Des structures dispersées jusqu'au 17e siècle
Plan de l'hôpital de la Trinité, 1766

Avant l'organisation d'un véritable service d'aide à l'enfance abandonnée au 17e siècle, il n'existe pas d'institution d'accueil pour les enfants trouvés. A Paris, trois asiles reçoivent chacun une catégorie d'enfants. Installé dans le quartier du Temple, l'hôpital des Enfants-Rouges accueille les enfants provisoirement abandonnés en raison de l'hospitalisation ou de l'internement de leurs parents. L'hôpital de La Trinité (rue Saint-Denis) héberge pour une plus longue durée des enfants âgés de plus de six ans dont les parents sont internés ou emprisonnés. L'hôpital du Saint-Esprit-en-Grève (place de Grève) prend en charge les orphelins. Il s'agit souvent des enfants de parents décédés à l'Hôtel-Dieu tout proche. L'hôpital ne recevant que les enfants nés de mariage légitime, les enfants trouvés n'y sont pas admis.

Saint Vincent de Paul et les Dames de la Charité, peinture attribuée à Jean André, dit Frère André (1662-1753)
Le rôle de Vincent de Paul

Dans les années 1630, Vincent de Paul (1581-1660) est alerté par les Dames de la Charité sur les conditions désastreuses dans lesquelles sont pris en charge les enfants trouvés recueillis dans une maison du chapitre Notre-Dame au Port Saint-Landry (actuel Quai aux Fleurs). Il organise à titre expérimental l'accueil de quelques enfants avant de poser les fondements véritables de l'œuvre d'aide à l'enfance abandonnée. Il établit un règlement pour l'accueil et le placement des enfants et définit des principes stricts pour le recrutement des nourrices.
L'œuvre de Vincent de Paul est reconnue et officialisée par l'Etat en 1670 : l'édit royal crée l'Hôpital des Enfants-Trouvés. Les membres du bureau achètent dans les années suivantes une maison rue Neuve Notre-Dame et une propriété au faubourg Saint-Antoine. Chacun de ces établissements reçoit une mission bien précise : l'hospice dépositaire du parvis Notre-Dame (appelé également maison de la Couche) accueille les nouveau-nés abandonnés et la maison du faubourg Saint-Antoine les enfants plus âgés.

 

L'Hospice des Enfants-Trouvés
La façade de l'hospice des Enfants-Assistés, années 1880

En 1795, une section "allaitement" est créée à l'hospice de la Maternité pour l'hébergement des enfants abandonnés de moins de 2 ans. Ce service est initialement installé dans l'ancien couvent de Port-Royal, à la "Bourbe" mais dès 1814, il est transféré dans l'ancienne Institution de l'Oratoire (rue d'Enfer). Le bâtiment prend le nom d'hospice des Enfants-Trouvés. Il est alors chargé de l'accueil des enfants abandonnés du département de la Seine âgés de moins de 2 ans. En 1836, les enfants de plus de 2 ans jusque-là recueillis dans l'établissement du faubourg Saint-Antoine sont également transférés à l'hospice des Enfants-Trouvés.

 

L'Hospice des Enfants-Assistés
Le pavillon de médecine Pasteur

Vers 1860, les rapports administratifs prennent l'habitude de désigner l'hospice des Enfants-Trouvés sous le nom d'hospice des Enfants-Assistés. L'établissement accueille alors les enfants trouvés ou abandonnés qui transitent quelques jours à l'hospice avant d'être placés à la campagne mais aussi les enfants en dépôt provisoire (dont les parents sont à l'hôpital ou en prison). La surveillance médicale de ces enfants est assurée par des médecins et des chirurgiens attachés à l'hospice. Parmi eux, Marie-Jules Parrot (médecin chef de l'hospice de 1867 à 1883) fait progresser la connaissance des pathologies du premier-âge. Ses travaux lui valent d'être le premier titulaire de la chaire de clinique des maladies de l'enfance, inaugurée aux Enfants-Assistés le 4 décembre 1879. Cette date marque le début de l'ouverture de l'hospice vers l'extérieur. Progressivement, des consultations externes sont mises en place et l'établissement commence à accueillir des malades du dehors. La fonction hospitalière de l'hospice se confirme dans les années 1890 avec la création d'un pavillon de chirurgie (1893) et d'un pavillon de médecine (1897). Quand en 1942 l'hospice des Enfants-Assistés prend le nom d'hôpital-hospice Saint-Vincent-de-Paul, il est devenu un hôpital à part entière, doté d'une maternité depuis 1934.

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Vers un service d'aide à l'enfance

L'atelier de typographie de l'Ecole d'Alembert à Montévrain (Seine-et-Marne), vers 1910
L'enseignement professionnel des pupilles

Au partir de la fin du 19e siècle, l'Assistance Publique ne se limite plus seulement à accueillir les enfants trouvés et à les placer chez des familles nourricières par l'intermédiaire de ses agences. Elle crée des écoles d'instruction qui assurent aux pupilles une formation professionnelle. En 1882, l'administration ouvre l'école d'horticulture Le Nôtre à Villepreux et l'école d'Alembert à Montévrain spécialisée dans l'apprentissage des métiers de l'imprimerie et de l'ébénisterie. Dans les années qui suivent, de nouveaux centres viennent compléter ce dispositif de formation : une école ménagère à Yzeure, une école maritime à Port-Hallan et même un centre d'enseignement agricole en Algérie.

La promenade des nourrissons à la Pouponnière d'Antony, 1930
De nouvelles structures au début du 20e siècle

Dans la première moitié du 20e siècle, l'Assistance Publique continue d'adapter son service des Enfants-Assistés en le dotant de nouvelles structures. Elle met en place en 1911 la pouponnière d'Antony, spécialisée dans l'accueil des nourrissons. Cette pouponnière devient en 1927 un centre d'adaptation à l'allaitement artificiel. Pour faire face aux difficultés de recrutement des nourrices, l'Assistance Publique multiplie les centres nourriciers à partir des années 1920. Enfin, dans le cadre d'une politique visant à prévenir les abandons, elle crée des maisons maternelles, chargées d'accueillir les mères et leurs bébés à la sortie de la maternité.

 

La réforme des années 1950-1960
Un foyer de jeunes travailleurs en 1959

En 1943, le Service des Enfants-Assistés devient le Service de l'Assistance à l'Enfance. Dans les années qui suivent, l'Assistance Publique entreprend d'importantes réformes pour adapter le service aux besoins nouveaux (diminution des abandons de jeunes enfants, augmentation du nombre d'enfants confiés temporairement). Trois établissements annexes à l'hospice dépositaire sont créés pour les séjours de courte durée (fondations Mélingue et Borniche, Cité de l'enfance). Tout un programme est mis en place pour la réadaptation sociale des enfants confiés tardivement à l'Assistance publique, avec la création de centres d'observation et de déconditionnement. Plusieurs foyers de jeunes travailleurs sont également mis à leur disposition.

Par le décret du 5 décembre 1961, l'Aide Sociale à l'Enfance est confiée au département de la Seine. Ce transfert inaugure toute une série de réformes par lesquelles l'Assistance Publique se voit déchargée de ses missions sociales et recentre ses activités sur le soin.

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