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Dévoilement de la plaque en l’honneur de Joseph Nadanowska et présentation de l’étude historique sur « Les enfants de confession juive recueillis par l’Assistance publique (1940-1944) »

Publié le Page vue 840 fois. Communiqués de presse

Une plaque en l’honneur de Joseph Nadanowska, recueilli en 1942 à l’âge de 4 ans par l’Assistance publique suite à l’arrestation et à la déportation de sa mère à Auschwitz, a été dévoilée ce 21 janvier 2016 en présence de Monique Nadanowska, veuve de Joseph Nadanowska, de  Maître Serge Klarsfeld, Président de l’association des Fils et des filles de déportés juifs de France, et de Martin Hirsch, Directeur Général de l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, dans le hall du bâtiment Victoria, au siège de l’AP-HP.

Joseph Nadanowska, confié au service des Enfants assistés de la Seine en 1942, n’a jamais connu de son vivant ni l’identité de sa mère ni le sort terrible qu’elle avait subi.
Une étude rédigée par Antoine Rivière, maître de conférences à l’Université Paris 8, sur « Les enfants de confession juive recueillis par l’Assistance publique (1940-1944) » a également été présentée ce matin. Elle a été menée à la demande de Martin Hirsch qui s’est engagé, dès son arrivée à la tête de l’AP-HP, à la faire réaliser, répondant ainsi à un souhait récurrent de l’association des Fils et filles des déportés juifs de France, présidée par Maître Serge Klarsfeld. Cette étude est la première étape d’une enquête qui mérite d’être prolongée.

Pour en savoir plus :

Synthèse de l’étude historique

menée par Antoine Rivière, maître de conférences à l’Université Paris 8, sur « Les enfants de confession juive recueillis par l’Assistance publique (1940-1944) », sous la direction scientifique du service des archives de l’AP-HP

« L’histoire de Joseph Nadanowska, confié au service des Enfants assistés de la Seine en 1942 à l’âge de 4 ans, alors que sa mère, Juive polonaise, était arrêtée et bientôt déportée à Auschwitz, est à l’origine de l’étude, que Martin Hirsch, Directeur Général de l’AP-HP, s’est engagé auprès de l’association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France, présidée par Serge Klarsfeld, à faire réaliser sur les enfants juifs recueillis par l’Assistance publique de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale.

À partir des dossiers individuels des enfants assistés, une source d’une grande richesse, cette étude, qui n’est que le premier jalon posé sur un front pionnier de la recherche historique, entend répondre à trois interrogations principales. Quels sont les itinéraires et les circonstances qui ont conduit ces enfants à l’Assistance publique ? Comment sont-ils traités au sein de l’institution ? Que deviennent-ils  au lendemain de la guerre ?

Parmi les 55 000 mineurs recueillis par l’Assistance publique de Paris entre 1940 et 1944, 184 enfants juifs ont été identifiés. La plupart ont vécu relativement longtemps en famille avant d’être confiés à l’institution parisienne (près des deux-tiers d’entre eux ont plus de 4 ans lors de l’admission). Nés en France, ils sont pour beaucoup des fils et filles d’immigrés venus d’Europe de l’Est (principalement de Pologne) s’installer à Paris dans l’Entre-deux-guerres. Souvent très modestes, les familles dont ils sont issus basculent dans la misère lorsque la guerre éclate et que les mesures antisémites se succèdent.

Si la pauvreté constitue ainsi presque toujours la toile de fond sur laquelle se joue le drame de l’abandon, l’arrestation puis la déportation des parents est dans plus de la moitié des cas le motif de l’admission de l’enfant à l’Assistance publique. Il arrive aussi que certains parents fassent le choix délibéré d’abandonner leurs enfants dans l’espoir de les sauver. On ne saura sans doute jamais précisément leur nombre, ni, évidemment, ce qui serait arrivé à leurs enfants s’ils n’avaient pas été confiés à l’Assistance publique. Ce qui apparaît en revanche, c’est que ces derniers se sont retrouvés dans un lieu où ils ont été, semble-t-il, relativement protégés.

Parmi les 184 enfants étudiés, 25, âgés de 2 à 17 ans, ont été déportés à Auschwitz, et un seul en est revenu. Autrement dit, près de 87 % des enfants juifs passés par le service des Enfants assistés de la Seine au cours de la guerre et identifiés dans le cadre de cette étude ont survécu, soit un pourcentage légèrement supérieur à celui que Serge Klarsfeld a établi pour l’ensemble des enfants juifs de France (84 %). Parmi ces 25 enfants déportés, 23 avaient été auparavant repris par leur famille, et ne faisaient donc plus partie des enfants assistés au moment de leur arrestation. Bien qu’à ce stade de la recherche, les conclusions ne peuvent être que partielles et provisoires, il semblerait que les enfants juifs placés à l’Assistance publique aient donc été relativement à l’abri des persécutions, alors qu’à l’inverse leurs parents étaient très durement frappés (72 % des enfants de la cohorte d’étude ont au moins un de leurs deux parents qui a été assassiné à Auschwitz ou dans un camp d’internement en France).
L’explication décisive en est sans doute que ni la gestapo ni la police française n’ont jamais cherché de façon systématique à identifier les Juifs parmi les milliers d’enfants placés sous la protection de l’Assistance publique de Paris. De ce point de vue, le service des Enfants assistés de la Seine constitue bel et bien une « niche » dans la société française, pour reprendre le mot de l’historienne Renée Poznanski. La seconde explication tient à ce que l’administration parisienne a traité les enfants juifs comme elle traitait les autres enfants. Guidée par une culture forgée et éprouvée depuis plus d’un siècle, qui lui dicte de protéger ceux qui lui sont confiés quelles que soient leur origine ou la cause de leur abandon, elle a en effet mis en branle ses rouages comme à l’ordinaire, a pourvu ces enfants d’un numéro matricule, leur a donné la vêture des pupilles de la Seine, puis les a envoyés à la campagne auprès de ses nourriciers, où, sans être cachés – ils vivent sous leur vrai nom, vont à l’école ou travaillent à la ferme –, ils ont bénéficié d’un relatif anonymat parmi les autres petits parisiens placés en famille d’accueil, et d’enfants juifs elle les a transformés en enfants de l’Assistance.

La durée du séjour à l’Assistance publique est très variable, puisque certains enfants sont repris par leur famille le lendemain de leur admission, tandis que d’autres ne sortent de l’institution qu’à leur majorité, après y être restés plus de 20 ans. Cependant, pour la plupart, leur existence d’enfant assisté se termine avec la guerre : à la fin de l’année 1945, près de 60 % d’entre eux ne sont plus à l’Assistance publique.

Il ne faut pourtant pas croire que le service des Enfants assistés favorise les retrouvailles, et on est bien plutôt frappé de la sévérité avec laquelle sont examinées – et parfois rejetées – les demandes des parents survivants qui réclament leurs enfants au lendemain du conflit. De la même façon, le refus systématique de l’administration de révéler aux pupilles les conditions de leur abandon ou l’identité de leurs parents peut sembler bien dur, et certains, comme Joseph Nadanowska, décédé en 2004, auront passé toute leur vie dans l’ignorance de leurs origines et du destin de leurs père et mère. Il faut cependant remarquer que, là encore, l’Assistance publique ne fait qu’appliquer de façon ordinaire ses règles et ses routines, dont l’instruction draconienne des demandes de remise ou le secret des origines sont parmi les plus importantes.

Cette obstination à ne pas distinguer les enfants juifs de ses autres pupilles explique sans doute aussi le peu d’empressement de l’administration à faire valoir dans les années 1950 et 1960 leurs droits à réparation du préjudice, à la fois matériel et moral, qu’ils ont subi du fait des persécutions antisémites. Il faut néanmoins convenir, d’une part, que ces enfants n’auraient de toute façon sans doute pas pu bénéficier de lois d’indemnisation particulièrement injustes pour les fils et filles des victimes de la Shoah, et, d’autre part, que le manque de reconnaissance de leurs souffrances ne saurait être imputé à la seule Assistance publique, tant la société française dans son ensemble a tardé à prendre conscience de « la dette imprescriptible »[1] qu’elle avait à l’égard des déportés juifs de France et de leurs descendants.

Le respect scrupuleux des règles et des principes de l’Assistance publique, la force de ses routines bureaucratiques et de sa culture institutionnelle séculaire, ont donc fonctionné, semble-t-il, comme un garde-fou, un dernier rempart à l’exclusion de ces enfants, et ont fait que l’institution parisienne a été pour eux un refuge. Mais cette uniformité, ou, pour mieux dire, cette froide égalité de traitement, sans doute salutaire pendant le conflit, a pu apparaître comme intolérable au lendemain de la guerre, lorsqu’elle a empêché des retrouvailles familiales, condamné certains enfants à vivre dans l’ignorance de leur histoire, ou retardé la reconnaissance de leur statut de victimes. »

Antoine Rivière, maître de conférences à l’Université Paris 8

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