Dans l’essai clinique ESTIVAL, les équipes du service de rhumatologie de l’hôpital Saint-Antoine AP-HP et de Sorbonne Université, coordonnées par le Dr Alice Courties et le Pr Jérémie Sellam, ont étudié la stimulation auriculaire du nerf vague dans les formes inflammatoires d’arthrose érosive de la main. Bien que l’objectif principal de réduction de la douleur n’ait pas été atteint, l’étude montre une amélioration de la fonction et du ressenti global des patients, et suggère un intérêt particulier dans les formes les plus inflammatoires. Les résultats ont été publiés le 8 décembre 2025 dans The Lancet Rheumatology.
En France, l’arthrose touche environ 15 millions de personnes et peut atteindre n’importe quelle articulation, avec une prédilection pour les mains et les genoux. L’arthrose érosive de la main constitue une forme plus rare mais aussi plus inflammatoire, douloureuse et destructrice de la maladie. Les options thérapeutiques restent aujourd’hui limitées.
Dans ce contexte, l’étude ESTIVAL visait à évaluer l’efficacité d’une stimulation transcutanée du nerf vague auriculaire, une technique non-invasive qui consiste à appliquer de faibles impulsions électriques sur la peau de l’oreille afin d’activer le nerf vague. Les résultats du groupe bénéficiant de cette stimulation ont été comparés à ceux d’un groupe recevant une stimulation simulée (placebo), chez des patients souffrant d’arthrose inflammatoire érosive de la main.
L’étude a été menée dans 18 centres hospitaliers français entre 2021 et 2022, sur une durée de 12 semaines. Au total, 142 patients âgés en moyenne de 66 ans ont été répartis aléatoirement entre les deux groupes. Le critère principal d’évaluation était l’évolution de la douleur de la main entre l’inclusion et la douzième semaine.
Le critère principal n’a pas été atteint dans la population globale. Néanmoins l’étude a montré une amélioration de la fonction de la main et de l’évaluation globale de l’état de santé rapporté par les patients. Par ailleurs, des analyses complémentaires ont mis en évidence une réduction plus marquée de la douleur chez les patients présentant une inflammation articulaire plus importante à l’inclusion, suggérant l’existence d’un sous-groupe de patients potentiellement plus répondeurs à ce traitement. Aucun évènement indésirable grave n’est survenu.
Ainsi, l’étude ESTIVAL met en lumière le potentiel de la stimulation vagale dans les formes inflammatoires d’arthrose érosive. Ces résultats renforcent l’intérêt de poursuivre les recherches en médecine bioélectronique et d’explorer davantage la neuromodulation comme nouvelle option thérapeutique dans une maladie où les besoins restent importants.
Références : Alice Courties, Sophie Tuffet, Grégoire Cormier, Christian H Roux, Paul Ornetti, Yves-Marie Pers, Jacques-Éric Gottenberg, Eric Lespessailles, Roland Chapurlat, Denis Arniaud, François Rannou, Daniel Wendling, Florent Eymard, Sylvain Mathieu, Pascal Richette, Alain Saraux, Hubert Marotte, Nicolas Poursac, Anne-Christine Rat, Jean-Philippe Bastard, Soraya Fellahi, Yves Henrotin, Lise Minssen, Camille Deprouw, Christelle Nguyen, Amel Touati, Laurence Bérard, Alexandra Rousseau, Tabassome Simon, Emmanuel Maheu, Francis Berenbaum, Jérémie Sellam – Lancet Rheumatology
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