La prise en charge de l'obésité par les équipes de l'AP-HP

Mis à jour le 02/07/2026

L’obésité constitue aujourd’hui l’un des principaux défis de santé publique en France : 18% de la population adulte française et touché par cette pathologie chronique et multifactorielle qui expose à un risque accru de complications médicales et peut altérer durablement la qualité de vie, l’autonomie et le bien-être.

En Île-de-France, l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris joue un rôle central dans la prise en charge de cette pathologie, notamment à travers ses 4 Centres Spécialisés de l’Obésité (CSO), en lien avec les professionnels de santé de ville et les structures de soins médicaux et de réadaptation.

  • La prise en charge de l'obésité à l'AP-HP
    © Getty Images
  • L’obésité est une pathologie chronique qui se caractérise par un excès de masse grasse pouvant altérer la santé, le bien-être et la qualité de vie.

    L’obésité résulte de la combinaison de facteurs biologiques, génétiques, psychologiques, environnementaux et sociaux. Elle est fréquemment associée à des antécédents de trauma graves engendrant des troubles du comportement alimentaire. Cette pathologie plurifactorielle augmente le risque de développer d’autres problèmes de santé (appelés “comorbidités”), tels que les maladies cardio-vasculaires, le diabète de type 2, certains cancers, les troubles articulaires ou encore l’infertilité.

    L’amélioration de la prise en soin de l’obésité fait l’objet d’une réelle volonté politique, alimentée par une prise de conscience nationale. Elle est illustrée par la publication, en janvier 2026 d’un plan ministériel dédié : la Feuille de route Prise en charge de l'obésité 2026-2030, pilotée par la Direction générale de l'offre de soins (DGOS), la Direction générale de la santé (DGS) et la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM).

    Le Pr Judith Aron-Wisnewsky, responsable médical du Centre Spécialisé de l’Obésité (CSO) Île-de-France Est à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et présidente du Groupe de Concertation et de Coordination des 42 Centres Spécialisés de l’Obésité Français (GCC-CSO), est missionnée depuis juin 2025 pour copiloter la mise en œuvre de cette feuille de route au niveau national. 

    Face à ces enjeux, cette feuille de route est ambitieuse, mais réaliste. Elle marque la volonté de consolider l’existant et d’accélérer la réponse apportée à ce défi national. Elle s’articule avec le Programme national nutrition santé (PNNS) 2026-2030 et la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC). Elle s’inscrit dans la continuité du Plan Obésité 2010-2013, qui avait permis la création des CSO, et de la première feuille de route 2019-2022 ayant conduit à la production des recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) sur la prise en charge médicale et chirurgicale de l’obésité.

    Cette feuille de route couvre la prévention secondaire et tertiaire en combinant l’ensemble des volets de la prise en charge : médicale pédiatrique et adulte  ainsi que chirurgicale. Elle vise notamment à renforcer le repérage précoce, structurer les parcours de soins gradués, améliorer l’accès aux traitements médicamenteux et chirurgicaux lorsque cela est indiqué, soutenir la coordination territoriale autour des CSO et lutter contre la stigmatisation des personnes vivant avec une obésité.

     

    Une pathologie en progression

    L’obésité est en progression : l’étude la plus récente, publiée en 2024 (OFEO), estime à plus de 18% la prévalence de l’obésité parmi les adultes français, soit près de 10 millions de personnes en métropole et dans les DROM-COM. Par ailleurs, 48% de la population française a un problème de surpoids ou d’obésité.

    Les données montrent : 

    • une prévalence plus élevée chez les personnes en situation de précarité ;

    • des disparités territoriales ;

    • un impact important chez les personnes âgées, avec un risque accru de perte d’autonomie.

    L’obésité est également associée à des discriminations pouvant retarder le recours aux soins. Les personnes vivant avec une obésité sont fréquemment confrontées à des jugements et à des préjugés conduisant à des idées simplistes telles que « pour traiter l’obésité il suffit de bouger plus et manger moins ». L’obésité au stade maladie nécessite une prise en charge plus complexe. Cette stigmatisation peut avoir des conséquences importantes sur la santé, le bien-être et l’accès aux soins, et constitue un frein majeur à la continuité des prises en charge.

     

    Évaluation et gradation de la sévérité

    Chez l’adulte, l’obésité est généralement évaluée à l’aide de l’indice de masse corporelle (IMC). Cependant, l’IMC seul ne suffit pas pour évaluer la sévérité de l’obésité.

    Il est nécessaire de prendre en compte d’autres éléments comme :

    • la trajectoire de poids ;

    • la présence ou non de comorbidités ;

    • l’existence de troubles des conduites alimentaires ;

    • l’existence de troubles psychopathologiques ;

    • le retentissement fonctionnel ;

    • la cause de l’obésité.

    Comme le précisent les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), cette approche globale permet d’évaluer la complexité de la situation et d’adapter la stratégie de prise en charge.

    La gradation de la sévérité de l’obésité s’accompagne ainsi d’un diagnostic associé à un niveau de recours correspondant à des acteurs identifiés au sein d’un parcours de soins structuré.

    Il existe différents degrés d’obésité, qui permettent aux professionnels de santé de proposer un accompagnement adapté et personnalisé au sein de 3 « niveaux de recours ». Chaque niveau est associé à une prise en soins spécifique mobilisant des professionnels de différents secteurs (ville et hôpital).

     

    L’obésité à l’AP-HP

    L’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (AP-HP) regroupe des professionnels médicaux et paramédicaux experts dans la prise en soins de l’obésité et exerçant dans des niveaux de recours 2 et 3.

    En 2025, plus de 51 000 patients en situation d'obésité ont été pris en charge à l’AP-HP, toutes spécialités et tous types de séjours confondus (hospitalisation complète, hôpital de jour).

    Parmi eux, 39 000 patients ont été pris en charge dans des hôpitaux identifiés comme Centre Spécialisé de l’Obésité (CSO), témoignant du rôle central de ces structures dans la prise en charge des situations les plus complexes. 

    En Île-de-France, les CSO sont constitués d’un regroupement d’établissements de santé publics et privés à but non lucratif, majoritairement portés par des établissements de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. Ils sont identifiés pour leur expertise dans la prise en charge de l’obésité adulte et pédiatrique, médicale et/ou chirurgicale.

    Au-delà de leur expertise, ces centres disposent du matériel adapté et des équipements nécessaires à la prise en charge des situations d’obésité sévère et/ou complexe.

     

    Les CSO sont répartis par zones géographiques afin d’assurer une couverture territoriale cohérente. En Île-de-France, on compte 4 CSO. Chaque centre est coordonné par une équipe dédiée chargée de mettre en œuvre les missions spécifiques des CSO :

     

    • CSO IDF Nord

    Hôpitaux Louis-Mourier, Avicenne, Jean-Verdier, Bichat, Robert-Debré, René-Muret / cso.idfnord.sap@aphp.fr 

     

    • CSO IDF Est

    Hôpitaux Pitié-Salpêtrière, Trousseau, Centre Hospitalier Intercommunal de Créteil / cso.idfest.sap@aphp.fr 

     

    • CSO IDF Ouest

    Hôpital européen Georges-Pompidou, Necker-Enfants malades, Ambroise-Paré, Cochin (Maison des adolescents), Centre Hospitalier Intercommunal de Poissy-Saint-Germain-en-Laye, Hôpital François Quesnay / cso.idfouest.sap@aphp.fr 

     

    • CSO IDF Sud

    Hôpitaux Antoine-Béclère, Bicêtre / cso.idfsud.sap@aphp.fr 

     

    Les missions des CSO sont au nombre de trois : 

    1. Offrir des soins pluridisciplinaires aux enfants et aux adultes en situation d’obésité les plus complexes, en tant quecentre expert de référence (« 3ᵉ recours »)

    2. Identifier, coordonner et animer les acteurs pluridisciplinaires impliqués dans la prise en soin de l'obésité en pédiatrie, chez l'adulte et en chirurgie

    3. Assurer des missions de formation, de recherche et d’enseignement.

     

    La prise en soins des patients au sein des CSO peut inclure l’orientation vers des structures de soins médicaux et de réadaptation (SMR) ou vers des professionnels compétents du 1er et 2ème recours, notamment pour les soins diététiques et psychologiques ou l’activité physique adaptée.

    En Île-de-France, en 2026, les SMR reconnus pour leur expertise dans la prise en charge de l’obésité sont : 

    • Hôpital Cognacq-Jay, Paris 15ème (75)

    • Centre Hospitalier Manhès, Fleury-Mérogis (91)

    • Hôpital Universitaire René Muret, Sevran (93)

    • Centre de Rééducation Cardio-Nutritionnelle Paris-Est, Les Lilas (93)

    • Institut médical d’Ennery - SMR Val d’Oise, Ennery (95).

    En région, les patients franciliens peuvent être accueillis dans les hôpitaux Maritime de Berck et Marin d’Hendaye, établissements AP-HP de référence pour la prise en charge de l’obésité complexe, qui proposent une offre de soins en SMR.

    La prise en soin de l’obésité doit être globale, coordonnée et pluridisciplinaire. Elle associe évaluation médicale et définition d’un projet de soin, accompagnement nutritionnel, activité physique adaptée, prise en charge psychologique quand elle est nécessaire et traitement des comorbidités.

     

    Traitements médicamenteux de l’obésité (TMO)

    La HAS, dans ses recommandations de 2022, a positionné les traitements médicamenteux dans la prise en charge de l’obésité, en définissant le profil des patients pouvant en bénéficier et leurs indications (toujours en deuxième intention après une prise en charge nutritionnelle)..

    Ces traitements s’intègrent dans une stratégie globale et nécessitent un suivi médical régulier.

    Les Pr Aron-Wisnewsky pour le GCC-CSO et Pr Disse pour Force ont coordonné la rédaction d’une  prise de position sur les traitements médicamenteux de l’obésité (TMO) chez les adultes pour accompagner les pratiques qui détaille les effets bénéfiques mais aussi les situations d’alerte pour lesquelles des adaptations sont nécessaires ainsi que les effets secondaires et leur prise en charge au travers d’un véritable parcours de soin pluriprofessionnel. Le document a été validé par 11 sociétés savantes du domaine de la nutrition et deux associations de patients en obésité.

    Depuis le 15 juin 2026, l’assurance maladie rembourse, sous certaines conditions, deux TMO, le sémaglutide (Wegovy®) et le tirzépatide (Mounjaro®). Cette évolution constitue une avancée importante pour les patients atteints d’obésité sévère et entraîne une forte mobilisation des équipes et des centres spécialisés de l’obésité (CSO), notamment à l’AP-HP.

     

    La place de la chirurgie bariatrique

    La HAS a actualisé en 2024 ses recommandations sur la chirurgie bariatrique, rappelant qu’elle doit s’intégrer dans le cadre d’une prise en charge médicale globale.

    La chirurgie bariatrique constitue un traitement de deuxième intention : après échec d’un traitement médical, nutritionnel, diététique et psychothérapeutique bien conduit pendant 6 à 12 mois, en l’absence de perte de poids suffisante ou en cas de prise pondérale.

    La décision est prise après discussion et validation en réunion de concertation pluridisciplinaire.

     

    Prise en charge pédiatrique

    La prise en charge pédiatrique fait partie intégrante du parcours de soins. Elle est adaptée à l’âge de l’enfant et centrée sur la famille, avec pour objectif de prévenir l’aggravation de l’obésité et l’apparition de complications à l’âge adulte.

     

    Focus : santé des femmes

    L’obésité concerne particulièrement les femmes, avec une prévalence élevée à certaines étapes clés de la vie : adolescence, âge reproductif, péri-ménopause et ménopause. Les déterminants hormonaux, métaboliques, psychologiques et sociaux contribuent à des vulnérabilités spécifiques qui nécessitent une approche adaptée.

    À l’AP-HP, 29 000 femmes ont été prises en charge en 2025, pour une obésité complexe et/ou sévère au sein des CSO, en médecine comme en chirurgie.

    Chez la femme, l’obésité est fréquemment associée à :

    • des troubles gynécologiques, notamment le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) ;

    • des troubles de la fertilité ;

    • un risque cardio-métabolique accru ;

    • une majoration des complications métaboliques à la ménopause.

       

    Au-delà des enjeux liés à la grossesse, l’accompagnement doit s’inscrire dans une vision globale du parcours de vie.

    La Haute Autorité de Santé, dans ses dernières recommandations de 2025 souligne notamment l’importance :

    • d’un repérage précoce et systématique ;

    • d’une prise en charge bienveillante, sans stigmatisation ;

    • d’une évaluation intégrant les spécificités hormonales et gynécologiques ;

    • d’une coordination entre médecine générale, gynécologie, nutrition et équipes spécialisées ;

    • d’un suivi à long terme, incluant les périodes de transition hormonale (projet parental, périménopause, ménopause).

    Cette approche vise à garantir un accompagnement personnalisé, continu et adapté aux spécificités de santé des femmes vivant avec une obésité.

    Dans certains cas, l’obésité peut être liée à des causes médicales rares, notamment génétiques ou endocriniennes. Ces situations concernent un nombre limité de patients, mais nécessitent une prise en charge spécialisée et une expertise diagnostique spécifique.

    Les Centres de Référence Maladies Rares (CRMR) sont des structures hospitalières spécialisées dans le diagnostic et le suivi des maladies rares labelisées par le par le ministère chargé de la Santé dans le cadre des Plans Nationaux Maladies Rares (PNMR), déployés depuis 2005.

    Les CRMR interviennent lorsque la situation médicale nécessite une expertise particulière, notamment en cas d’obésité de causes rares. Ils permettent :

    • de poser ou confirmer un diagnostic précis ;

    • de proposer une prise en charge adaptée à la maladie identifiée ;

    • d’assurer un suivi spécialisé ;

    • de coordonner les soins avec les professionnels de proximité.

    Les CRMR PRADORT (Syndrome de Prader-Willi et Obésités Rares avec Troubles du Comportement Alimentaire) constituent des centres experts dans la génétique de l’obésité. Ils sont affiliés à la Filière de Santé Maladies Rares Défiscience, dédiée aux maladies rares du développement et aux déficiences intellectuelles.

    À voir aussi