Mis à jour le 12/01/2026

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Rencontre avec le Pr Christophe Tournigand, directeur médical de l'Institut universitaire du cancer Henri-Mondor

Entretien consacré aux enjeux de ce nouvel institut, à son impact pour les parcours de soins et à la manière dont il entend renforcer la coordination territoriale et l’accès à l’innovation.

La création de l’Institut universitaire du cancer (IUC) Henri-Mondor marque une étape importante dans la structuration de la cancérologie au sein du GHU. Pour en préciser les contours, les priorités et les perspectives, nous avons interrogé le Pr Christophe Tournigand, directeur médical de l’IUC Mondor, directeur du département médico-universitaire (DMU) cancer et spécialités, et chef du service d’oncologie médicale.

Avec la création de l’IUC, quelles sont, selon vous, les priorités immédiates pour améliorer la fluidité des parcours et structurer l’offre de prise en charge dans les hôpitaux Henri-Mondor et Albert-Chenevier ?

Christophe Tournigand : La fluidité des parcours de soins et la réactivité à chaque étape de la maladie cancéreuse est une priorité des équipes qui prennent en charge les patients ayant un cancer. Cela passe par une réactivité à la fois vis-à-vis de l’extérieur, c’est-à-dire nos correspondants des autres hôpitaux ou des partenaires de ville, mais également en interne pour réduire les délais entre deux étapes diagnostiques ou thérapeutiques. C’est tout l’enjeu des centres de diagnostic rapide (CDR) et de la filière FAST (Filière accélérée de soins et traitements) qui s’engagent sur un délai de prise en charge rapide. Le développement de la plateforme Direct AP-HP devrait être un levier important.

 

Les filières tumorales vont évoluer dans leur organisation. Quels ajustements concrets les équipes verront-elles dans la coordination entre médecine, chirurgie et soins médicaux et de réadaptation (SMR) ?

Christophe Tournigand : Se rassembler autour de filières bien identifiées permet de mieux savoir qui fait quoi, et surtout que le patient soit à tout moment dans le secteur le plus expert pour répondre à ses besoins. C’est tout l’enjeu et le succès des SMR oncologie, SMR hématologie et SMR digestif qui est d’accueillir des patients après leur hospitalisation en service d’aigu. Tout le travail d’identification et de mise à plat des filières de prise charge va considérablement aider à identifier les zones d’ombre sur lesquelles nous auront à travailler.

 

Les centres de diagnostic rapide (CDR) jouent un rôle clé dans l’accès à l’expertise. Comment souhaitez-vous optimiser leur fonctionnement et leur articulation avec les services et les médecins de ville ? De nouveaux CDR sont-ils à l’étude ?

Christophe Tournigand : À la suite des labellisations des trois CDR de l'hôpital Henri-Mondor, notre travail consiste maintenant à diffuser l’information, à faire connaître ces CDR auprès de l’ensemble de nos correspondants et du territoire de santé, que ce soit en ville ou auprès des hôpitaux affiliés. C’est un travail que nous menons, et l’IUC sera un élément important de visibilité de notre structuration et de notre ouverture pour accueillir des patients ayant besoin d’une expertise. De nouveaux CDR sont à l’étude avec une nouvelle vague de labellisation que nous attendons prochainement.

 

Le lien avec la ville est central en cancérologie. Comment l’IUC peut-il améliorer les interfaces avec les professionnels libéraux et les réseaux territoriaux, notamment sur l’orientation et le suivi ?

Christophe Tournigand : Si nous sommes mieux structurés en interne, nous aurons d’autant plus de facilité pour accueillir les patients de nos correspondants. Ils attendent de nous réactivité et fiabilité. Telle est notre mission de chaque jour. Nous devons être dans une démarche d’offre de soins et de partenariat, du simple avis à la prise en charge complète. L’amélioration des canaux d’information au travers du dossier médical partagé (DMP) par exemple permet déjà une diffusion d’information importante. Là encore, la plateforme Direct AP-HP peut être un outil d’accès facilité aux demandes d’orientation des patients. 

 

Quelles innovations — thérapeutiques, organisationnelles ou numériques — vous semblent prioritaires pour renforcer l’offre de soins dans les prochaines années ?

Christophe Tournigand : Outre les développements constants dans le domaine des traitements médicaux du cancer dont l’évolution est toujours aussi rapide, les prochaines années vont sans doute voir l’essor d’innovations dans le domaine de la médecine nucléaire, avec de nouveaux traitements à l’horizon. 

C’est le cas également de la radiologie interventionnelle, qui a pris et va continuer à prendre une place importante à la fois dans le diagnostic mais aussi dans les traitements locorégionaux. Cela bouleverse déjà nos stratégies thérapeutiques et cela va se poursuivre. Les progrès de l’oncologie-radiothérapie vont également permettre de mieux traiter certaines tumeurs, grâce aux nouveaux investissements du GHU.

Enfin, les innovations viendront également de la biologie, avec l’utilisation sans doute de plus en plus souvent de prélèvements sanguins pour mieux adapter nos traitements, par exemple avec le développement de l’ADN tumoral circulant.

 

L’accès aux essais thérapeutiques est un enjeu fort. Comment l’IUC peut-il faciliter davantage les liens entre soins, recherche clinique et recherche translationnelle ?

Christophe Tournigand : La recherche en cancérologie existe déjà sur le site. L’idée de l’IUC est d’aller plus loin pour développer et favoriser l’émergence de projets ambitieux et de plus grande ampleur pour nos patients. L’IUC devra être attractif pour de nouveaux talents, structurer davantage la collaboration entre cliniciens et chercheurs, harmoniser les procédures d’accès aux essais, soutenir l’émergence de projets translationnels grâce à des partenariats renforcés et développer son attractivité scientifique afin de devenir un espace d’innovation où soins et recherche se nourrissent mutuellement. C’est tout l’enjeu de la mission portée au sein de l’IUC par le Pr François Lemonnier et Irma Bourgeon-Ghittori, cadre supérieure de santé.  

 

CALIPSSO occupe une place importante dans l’accompagnement des patients. Comment envisagez-vous de renforcer son intégration au parcours clinique ?

Christophe Tournigand : CALIPSSO et ses équipes font beaucoup dans l’animation, et l’offre de soins de support. Notre volonté est de continuer à développer de nouvelles offres, car la demande est importante. Il faut davantage développer les programmes d’après-cancer, notamment en matière d’activité physique adaptée dont on connaît maintenant l’importance. Le développement de projets avec les patients partenaires est également un projet phare de CALIPSSO, en étroite collaboration avec les différents services prenant en charge des patients ayant un cancer. 

 

La filière cancérologie du GHU doit gagner en lisibilité. Quels leviers vous paraissent les plus pertinents pour améliorer la visibilité interne et externe de l’offre d’oncologie ?

Christophe Tournigand : La visibilité de l’IUC passera par une meilleure communication, notamment au travers du site internet récemment mis en ligne, qui sera animé par tous les acteurs de la cancérologie. L’affichage au sein du GHU de l'« Institut du cancer » sera prochainement mise en place et permettra également de mieux nous identifier. Et nous aurons des actions de formation, tant en interne  qu'en externe.

 

Quel message souhaitez-vous adresser aux équipes du GHU et aux partenaires du territoire pour les associer pleinement au développement de l’IUC ?

Christophe Tournigand : L’IUC est une formidable occasion de valoriser ce que chacun des professionnels fait au quotidien pour les patients ayant un cancer. Le savoir, le faire connaître, le développer, le valoriser sont autant de missions que l’IUC doit porter. L’IUC doit être l’Institut universitaire de chacun. Nous avons besoin d’une mobilisation de tous pour être plus forts et faire encore mieux pour nos patients.

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