Mis à jour le 10/04/2026

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« Une seule santé » : Togo et République démocratique du Congo, radiographie de deux exemples de l’engagement de l’AP-HP

Focus sur les programmes « One Health Togo » et « TTHALESS », à l’occasion du One Health Summit qui s’est tenu le 7 avril 2026 à Lyon.

Retour sur les éléments structurants de ces partenariats hospitaliers multidisciplinaires modèles 

Le Covid-19 a permis cette prise de conscience : les réponses aux crises qui affectent santé humaine, animale, végétale et celle des écosystèmes doivent être coordonnées. Selon les données communiquées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 60 % des maladies infectieuses humaines émergentes notifiées dans le monde proviennent d’animaux, qu’ils soient domestiques ou sauvages. Des chiffres en augmentation du fait du réchauffement climatique et des activités humaines telles la déforestation et l’élevage intensif. Dépasser la logique de silos entre santé humaine, santé animale et environnement : tel est le principe du « One Health » ou « une seule santé ».

Dans le prolongement des recommandations de l’OMS et des programmes des Nations Unies, la stratégie française en santé mondiale, pour la période 2023-2027 place le One Health comme l’une de ses priorités majeures des programmes de coopération. C’est pourquoi cette approche est aujourd’hui au cœur de deux programmes de l’action internationale de l’AP-HP.

 

Des réseaux de partenariat

Au Togo, le projet démarré en 2023, repose sur une longue tradition de coopération dans le domaine du VIH et des maladies infectieuses. Les équipes de plusieurs hôpitaux de l’AP-HP sont impliquées et travaillent en synergie : Bichat (bactériologie), Pitié-Salpêtrière (infectiologie), Cochin (hygiène) sous la coordination de la direction des relations internationales (DRI) de l’AP-HP. Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) sont partenaires pour la partie « santé animale », avec l’appui d’une ingénierie de recherche en anthropologie. Le projet a bénéficié du soutien financier du ministère de la Santé, puis de  l’agence française de coopération technique Expertise France (programme PRPH4 sur fonds de l’AFD).

En RDC, le programme est fruit d’un partenariat amorcé dès 2018 entre le Centre de recherche en sciences naturelles (CRSN) de Lwiro et les équipes de l’hôpital Avicenne - laboratoire de biologie médicale, notamment le service de microbiologie, et service de maladies infectieuses et tropicales. Il a bénéficié du soutien financier du ministère de la Santé (DGOS) et de l’ANRS - Maladies infectieuses émergentes (agence de l'Inserm).

 

Une démarche de prévention des infections associées aux soins

Au Togo, l’un des axes d’action repose sur la formation à l’hygiène hospitalière, avec des formations pour les équipes locales. Un exemple concret a porté sur l’hygiène des mains, l’un des moyens les plus efficaces pour prévenir les infections. Une production locale de solutions hydroalcooliques (SHA) dans les deux centres hospitalo-universitaires de Lomé, Sylvanus Olympio et Campus, a été mise en place. Un audit réalisé mi-janvier 2026 sur la fabrication et l’utilisation du SHA s’est avéré globalement satisfaisant.

Deux guides de bonnes pratiques en antibiothérapie, adulte et pédiatrique, ont été élaborés pour faire évoluer les pratiques de prescription.

 

En RDC, le projet est basé sur le soutien au développement d’un laboratoire One Health incluant des formations au dépistage clinique et biologique de la tuberculose, tant chez les humains, que chez les animaux sauvages et domestiques. Ce nouveau laboratoire One Health se situe au cœur du village de Lwiro. Il associe dans un petit périmètre le Centre de recherche en sciences naturelles, le Centre de réhabilitation des primates de Lwiro (CRPL) et l’hôpital de Lwiro. L’ensemble est situé aux abords du parc national de Kahuzi Biega (PNKB), lieu propice à de nombreuses transmissions entre l’homme et l’animal (zoonotiques) en lien avec la déforestation et le braconnage. Le projet comporte également un important volet de sensibilisation des populations au concept One Health, ainsi qu’au dépistage de la tuberculose et du VIH.

 

Un programme scientifique mené par les laboratoires de l’AP-HP

Dans les deux programmes, il s’agit d’analyser les interactions et les facteurs de transmission des bactéries entre l’homme et l’animal.

Au Togo, une enquête de prévalence a été menée en milieu communautaire et en milieu hospitalier, ainsi qu’auprès des éleveurs et des élevages à proximité de Lomé. Les souches multirésistantes ont été acheminées dans le service de bactériologie de l’hôpital Bichat pour séquençage et génotype (travail en cours). L’objectif :  identifier des identités entre les souches retrouvées chez l’homme et celles retrouvées chez l’animal. Les premiers résultats ont fait apparaître la circulation d’une souche d’Escherichia Coli similaire entre l’homme et l’animal.

De façon générale, les taux de prévalence observés sont beaucoup plus importants que ceux qui étaient attendus avant le début de l’étude.

 

En RDC, de très nombreuses analyses microbiologiques ont été réalisées dans le nouveau laboratoire One Health du Centre de recherches en sciences naturelles (CRSN) de Lwiro. Les équipes locales ont préalablement bénéficié de formations cliniques et techniques. Des équipements ont été financés pour partie par l’ANRS, complétés par des dons de l’hôpital Avicenne via l’association BIP Humanitaire.

Ces analyses permettront de reconstruire un arbre phylogénétique des souches circulant dans la région et d’explorer les éventuels liens de transmission inter espèces de manière plus précise tout en y ajoutant la souche issue du chimpanzé. Grace aux coordonnées GPS recueillies pour les patients et les animaux, dans toute la zone de santé de Miti Murhesa au sein du Sud Kiwu, il sera possible de déterminer les clusters de transmission de la tuberculose dans cet écosystème par des analyses de mapping (phylogéographie).

Des travaux qui viennent alimenter les données scientifiques pour apporter des réponses globales et durables.

 

Pour en savoir plus : 

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