Mis à jour le 24/03/2026

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Une feuille de route institutionnelle pour répondre aux nouveaux enjeux autour de la maladie d’Alzheimer

Avec l’arrivée d’innovations en matière de diagnostic et de traitement, la prise en charge des patients atteints de la maladie d’Alzheimer va profondément évoluer. Quels sont les enjeux actuels autour de cette pathologie ? Comment se mobilise la filière Alzheimer de l’AP-HP pour s’y préparer ? Des réponses ont été apportées à ces questions lors d’un séminaire de la filière le 13 janvier 2026. À l’occasion de la 28e édition de la semaine du cerveau, qui a lieu cette année du 16 au 22 mars 2026, focus sur la feuille de route initiée par l’AP-HP.

Le 13 janvier 2026, les acteurs de la filière Alzheimer se sont réunis pour évoquer les « parcours et les perspectives » autour de la pathologie lors d’un séminaire dédié. Le but était à la fois de :

  • réunir les acteurs de la filière pour partager les pratiques et faire émerger les éventuelles préoccupations ;
  • faire le point sur l’offre de soins à l’AP-HP ;
  • partager les avancées scientifiques avec la communauté des neurologues et des gériatres impliqués.

 

Vieillissement de la population, avancées thérapeutiques

Nicolas Revel, directeur général de l’AP-HP, a rappelé les enjeux actuels qui se posent autour des maladies neurodégénératives. Celles-ci touchent aujourd’hui plus de 1,6 million de personnes en France.

  • Le premier enjeu concerne le vieillissement de la population. On compte près de 225 000 nouveaux cas par an actuellement ; ce chiffre devrait doubler d’ici 2050. La maladie d’Alzheimer est la cinquième cause de décès en France et la première cause d’entrée en institution pour les personnes âgées.
  • Deuxième enjeu : le coût économique, estimé à plus de 30 milliards d’euros par an.
  • Troisième enjeu : le diagnostic et la prise en charge. Près de 50 % des patients ignorent encore leur diagnostic, souvent posé tardivement, alors que la maladie évolue insidieusement sur plusieurs années. « Ce constat souligne l’urgence d’améliorer le dépistage précoce, la formation des professionnels, et l’articulation entre les différents niveaux de prise en charge – du domicile à l’EHPAD, en passant par les centres mémoire et les unités spécialisées à l’hôpital » a souligné Nicolas Revel.

Enfin, le dernier enjeu concerne l’arrivée d’innovations diagnostiques et thérapeutiques. « Nous sommes à l’aube d’une révolution thérapeutique », a ainsi expliqué le Pr Marc Verny, neurologue à l’hôpital Pitié-Salpêtrière. L’année 2025 a marqué un tournant dans la recherche sur Alzheimer, avec des avancées majeures, qui ont été abordées lors du séminaire par la Pre Claire Paquet, neurologue à l’hôpital Lariboisière − Fernand-Widal :

 

  • les biomarqueurs sanguins, en cours de validation, promettent de simplifier et d’accélérer le dépistage, notamment pour les formes précoces ou atypiques ;

  • les immunothérapies ont démontré une réduction du déclin cognitif de 27 à 35 % chez les patients à un stade précoce ;

  • l’intelligence artificielle et les ultrasons focalisés ouvrent de nouvelles voies pour le suivi et la modulation de la maladie.

 

La prise en charge des patients atteints de la maladie d’Alzheimer à l’AP-HP

En vingt ans, une filière complète s’est créée. Elle s’est inscrite dans le contexte des plans Alzheimer successifs - 2001-2005, 2008-2012 - puis des stratégies nationales maladies neurodégénératives.

Aujourd’hui, l’offre de la filière Alzheimer est composée de :

  • deux centres mémoire de ressources et de recherche (CMRR) dont un bi-site :

    • CMRR Paris Nord – Lariboisière − Fernand-Widal

    • CMRR Paris Sud – site Pitié Salpêtrière et site Broca

  • 20 consultations mémoire. Ces consultations et CMRR ont fait l’objet d’une re-labellisation par l’agence régionale de santé d’Île-de-France en 2023 ;

  • Huit unités cognitivo-comportementales (UCC) dans les unités de soins médicaux et de réadaptation, soit 122 lits au total, qui feront l’objet d’une démarche de re-labellisation en 2026 ;

  • sept unités d’hébergement renforcées (UHR) dans les unités de séjour longue durée, soit 103 lits au total.

Plus de 8 600 nouveaux patients ont été évalués en 2024, et plus de 20 300 ont été vus au moins une fois dans l’année.

 

Des pistes pour l’avenir

Le séminaire a été l’occasion de mettre en valeur des initiatives inspirantes à l’échelle de l’AP-HP, notamment autour des aidants, du renforcement des liens avec la ville et le secteur médico-social, des collaborations entre gériatres et psychiatres autour des situations les plus complexes.

Le Dr Véronique Lefranc, qui fait partie de l’équipe médicale du service de neuro-psycho-gériatrie de l’hôpital Bretonneau, a ainsi montré toute l’utilité d’une équipe mobile cognitive et comportementale pour la prise en charge de troubles psycho-comportementaux liés à la maladie d’Alzheimer et aux maladies apparentées, en complément d’une prise en charge hospitalière classique. En amont, cela permet notamment de diminuer les hospitalisations en urgence ; en aval, de suivre les personnes à risques.

Le Dr Nadège Houenou Quenum, gériatre à l’hôpital Paul-Brousse, a présenté la prise en charge proposée aux aidants. Celle-ci se déroule en trois temps : une consultation initiale, un « bilan de fragilité » effectué en hôpital de jour et une consultation de synthèse.

Les Dres Cécile Hanon et Véronique Mangin d’Ouince, respectivement psychiatre et gériatre à l’hôpital Corentin-Celton, ont détaillé les modalités de la collaboration entre l’équipe mobile de psychiatrie du sujet âgé (EMPSA 92 Sud) et l’équipe mobile gériatrique externe (EMGE 92 Sud). Une évaluation croisée de situations complexes est ainsi rendue possible, pour le bénéfice des patients et des professionnels.

Ces initiatives tracent la voie de nouveaux parcours et de nouveaux types de prises en charge : autant de pistes qui seront approfondies par la suite, dans le cadre de cette nouvelle feuille de route pour la filière Alzheimer.

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