En réanimation, des contentions physiques, souvent sous la forme de sangles aux poignets, sont parfois utilisées chez les patients sous ventilation mécanique pour prévenir des gestes dangereux susceptibles d’entraîner des complications. Elles peuvent aussi provoquer stress, inconfort et agitation pour les patients. Une étude, promue par l’AP-HP, a été menée auprès de 405 patients ventilés dans dix services de réanimation français afin d’évaluer l’impact de deux stratégies d’utilisation de ces contentions : l’une à faible recours et la seconde à recours élevé. Publiée dans le JAMA le 17 mars 2026, cette étude montre que la réduction de leur utilisation n’améliore pas le pronostic clinique des patients. Les résultats suggèrent que la contention physique n’est probablement pas un déterminant majeur du pronostic et soulignent l’importance d’une approche globale de prévention des risques et de sécurisation de la prise en charge des patients.
En réanimation, de nombreux patients doivent être placés sous ventilation mécanique invasive. Certains patients peuvent devenir agités ou confus au cours du séjour, une complication fréquente associée à un risque de complications et de décès. Pour prévenir les gestes qui peuvent s’avérer dangereux pour les patients, comme l’arrachement de la sonde d’intubation ou des cathéters, les équipes de soins utilisent parfois des contentions physiques, notamment des sangles de poignet.
L’impact de ces contentions sur le pronostic des patients n’est pas connu. Si l’utilisation de ces sangles peut améliorer la sécurité dans certaines situations, elle peut également être associée à des effets indésirables potentiels pour les patients : inconfort, stress, agitation accrue, immobilisation, avec risque de majoration de l’état confusionnel et de stress post-traumatique au décours. Jusqu’à présent, les données scientifiques permettant de déterminer la meilleure stratégie d’utilisation de ces contentions en réanimation restaient limitées.
L’étude R2D2-ICU (Restrictive use of Restraints and Delirium Duration in ICU) avait pour objectif de mieux comprendre l’impact de ces pratiques. Promue par l’AP-HP, elle a été coordonnée par le Pr Romain Sonneville du service de médecine intensive et réanimation de l’hôpital Bichat - Claude-Bernard AP-HP, Université Paris Cité, Inserm. Elle a été financée dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC).
Cet essai clinique randomisé a été mené dans dix unités de soins intensifs en France. Entre janvier 2021 et janvier 2024, 405 patients adultes ayant débuté une ventilation mécanique invasive depuis moins de 6 heures et devant probablement rester ventilés pendant au moins 48 heures ont été inclus. Les patients ont été suivis jusqu’en mai 2024.
Les participants ont été répartis aléatoirement en deux groupes :
Stratégie restrictive, de faible recours aux contentions : utilisation limitée des sangles de poignet, uniquement en cas d’agitation sévère.
Stratégie libérale, de recours élevé aux contentions : utilisation systématique des sangles de poignet dès l’initiation de la ventilation artificielle et réévaluation quotidienne jusqu’à l’extubation.
Dans les deux groupes, les sangles pouvaient être retirées lorsque les patients étaient éveillés, extubés ou ne présentaient pas de syndrome confusionnel.
Les chercheurs ont principalement évalué le nombre de jours sans coma ni confusion au cours des 14 premiers jours suivant l’inclusion dans l’étude. Ils ont également analysé d’autres indicateurs de sécurité importants comme la fréquence des auto-extubations, et la mortalité à 90 jours.
Parmi les 396 patients pour lesquels les données complètes étaient disponibles, l’âge moyen était de 65 ans, 62 % étaient des hommes et la gravité de la maladie était élevée, avec un score médian de défaillance d’organes (SOFA) de 7.
Les résultats de l’étude montrent que les patients du groupe à utilisation faible des sangles ont eu en moyenne 6,67 jours sans coma ni confusion sur 14 jours. Ceux du groupe à utilisation maximale ont eu 6,30 jours, une différence non statistiquement significative.
Concernant les autres critères :
Auto-extubation : 9,2 % dans le groupe à faible utilisation et 8,5 % dans le groupe à forte utilisation ;
Mortalité à 90 jours : 37,2 % dans le groupe à faible utilisation et 41 % dans le groupe à forte utilisation.
Cette étude montre que, chez les patients adultes sous ventilation mécanique, la réduction de l’utilisation des contentions physiques n’améliore pas le nombre de jours sans coma ni confusion au cours des deux premières semaines de prise en charge, ni ne réduit le nombre d’extubations ou d’arrachements de cathéters. La mortalité à 90 jours était similaire dans les deux groupes. Ces résultats suggèrent que la limitation des contentions physiques n’est pas un déterminant majeur du pronostic des patients en réanimation. Cette stratégie de faible recours d’utilisation des contentions physiques était néanmoins très bien tolérée.
En attendant de nouvelles études, ces résultats indiquent que l’application systématique des sangles n’est pas nécessaire et qu’elles devraient être utilisées uniquement pour les patients très agités. Ces résultats contribuent ainsi à mieux éclairer les pratiques de soins en réanimation et ouvrent la voie à de nouvelles recherches. Il s’agit notamment de déterminer si l’application de sangles chez les patients très agités apporte un bénéfice réel par rapport à l’absence de contentions. L’objectif est d’identifier les stratégies les plus efficaces pour améliorer le confort, la sécurité et le rétablissement des patients.
À propos de l’AP-HP : Premier centre hospitalier universitaire (CHU) d’Europe, l’AP-HP est au premier rang de la recherche clinique en France. Ses 38 hôpitaux sont organisés en six groupes hospitalo-universitaires (AP-HP. Centre - Université Paris Cité ; AP-HP. Nord - Université Paris Cité ; AP-HP. Sorbonne Université ; AP-HP. Université Paris-Saclay ; AP-HP. Hôpitaux universitaires Henri-Mondor et AP-HP. Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis) conventionnés avec sept universités franciliennes. Étroitement liée aux grands organismes de recherche, l’AP-HP est forte de 25 fédérations hospitalo-universitaires (FHU), 8 instituts hospitalo-universitaires (IHU) d’envergure mondiale (ICM, ICAN, IMAGINE, FOReSIGHT, SEPSIS, Institut du Cerveau de l’Enfant, reConnect, Institut de la Leucémie Paris Saint-Louis), 4 sites de recherche intégrée en cancérologie (SIRIC) dont 1 pédiatrique, ainsi que du plus grand entrepôt de données de santé (EDS) en France. Acteur majeur de la recherche appliquée et de l’innovation en santé, l’AP-HP détient un portefeuille de 920 brevets actifs, ses cliniciens chercheurs signent chaque année près de 11 000 publications scientifiques, plus de 2 500 études promues par l’AP-HP sont en cours. En 2020, l’AP-HP a obtenu le label Institut Carnot, qui reconnaît la qualité de sa recherche partenariale : le Carnot@AP-HP propose aux acteurs industriels des solutions en recherche appliquée et clinique dans le domaine de la santé. En outre, la Fondation de l’AP-HP agit aux côtés des patients, des soignants et des chercheurs pour la médecine du futur, l’humain au cœur de l’hôpital et la santé de tous. www.aphp.fr