Mis à jour le 04/05/2026
Le numérique au service des équipes de l'AP-HP : entretien avec Raphaël Beaufret, directeur des services numériques
En mars 2026, l’AP-HP a publié son nouveau schéma directeur des services numériques (SDSN) pour la période 2026-2030. Articulé avec le futur plan d’établissement de l’AP-HP et les priorités numériques désormais travaillées annuellement, ce schéma est une « colonne vertébrale » servant de guide pour les cinq prochaines années.
Raphaël Beaufret, directeur des services numériques à l’AP-HP, explique concrètement ce que cela va changer à l’AP-HP.
L'objectif de ce schéma est d'aider l'AP-HP à prendre les virages nécessaires sur de nombreuses thématiques : intelligence artificielle, prise en charge à domicile avec des outils interopérables avec l’hôpital et la ville, réduction des dépendances à nos fournisseurs, association des utilisateurs, organisation pour améliorer le niveau de service, etc.
Point avec Raphaël Beaufret, directeur des services numériques à l’AP-HP, qui détaille les évolutions à venir pour l'institution.
Quelles sont les grandes priorités établies par le schéma directeur 2026-2030 ?
Raphaël Beaufret : Dans ce nouveau schéma, nous nous appuyons sur tout ce qui a été construit précédemment : unification du support, déploiement d’un dossier patient informatisé unique, entrepôt de données de santé, etc. L’objectif : simplifier les usages (ergonomie, etc.) et rendre le numérique encore plus utile au quotidien pour les équipes de l'AP-HP.
Quelques grandes priorités très concrètes :
le rôle central de la donnée ;
l’association des utilisateurs finaux à la conception et la maintenance évolutive des services numériques ;
le renforcement de la sécurité (authentification à deux facteurs, sensibilisation, etc.) ;
le passage à l’échelle de nos services numériques, dans de nouvelles architectures réparties sur plusieurs centres de données et compatibles avec les technologies de l’informatique en nuage ;
une priorisation des projets transparente et plus adaptée (bien définir le besoin, lancer des projets sur des expérimentations préalables, privilégier les projets à plus forte valeur ajoutée, etc.) ;
la réduction de la dépendance à des fournisseurs.
Derrière cette vision, il y a des actions concrètes, au service des équipes, avec des petits pas.
On parle beaucoup de données dans ce schéma directeur, qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
R.B : Les données sont un facteur clé. Nous souhaitons recentrer nos approches sur la donnée, par exemple de rendez-vous médical, de prescription de médicament ou encore les données structurées des comptes-rendus. Il est crucial qu’elles soient documentées, protégées, mise en qualité et partagées.
C’est ce qui nous permettra d’avancer sur l’intégration de solutions d’intelligence artificielle dans les outils métier, et de mieux réutiliser les données à des fins secondaires (décisionnel, recherche, etc.). Il existe une dynamique forte dans ce domaine au niveau européen (nouveau règlement espace européen des données de santé ou EHDS) et français, notamment autour d’une forte dynamique sur la plateforme des données de santé, avec une implication de l’AP-HP.
Justement, nous entendons beaucoup parler d’intelligence artificielle : quelle place va-t-elle prendre à l’AP-HP dans les prochaines années ?
R.B : L’idée, ce n’est pas de faire de l’IA pour faire de l’IA, et d’être techno-solutionnistes en disant que cela va résoudre tous nos problèmes, mais de répondre à des besoins très concrets , sans être naïfs. Par exemple : faciliter l’accès à l’information, aider à rédiger certains contenus, automatiser des tâches répétitives ou encore appuyer la prise de décision.
Nous allons avancer progressivement avec des cas d’usage ciblés comme le codage de l’activité, la synthèse médicale et la fourniture d’assistants IA d’accès aux données cliniques (projet ChatDPI) ainsi que la création d’un système d’IA généraliste sécurisé et maîtrisé en interne (projet APIA) pour accompagner les professionnels, et éviter qu’ils n’aient recours à certains services externes qui réutilisent les données dans des conditions non acceptables.
Ces transformations prendront du temps et nous devons veiller à ne pas créer de nouvelles dépendances, ni nous exposer à des ruptures, une perte de confiance ou des risques réglementaires.