Santé des femmes : les inégalités sociales de santé à l’épreuve du genre
Mis à jour le 26/02/2026
L’AP-HP s’engage à assurer une prise en charge des femmes globale, coordonnée et adaptée à leurs besoins.
« Dans la plupart des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), l’espérance de vie des femmes est plus longue que celle des hommes, mais s’accompagne de limitations fonctionnelles importantes. On observe aussi que les maladies surviennent parfois différemment selon le genre, via les symptômes, la gravité ou même la prévalence.
Ces différences peuvent s’expliquer par des facteurs biologiques, mais aussi par des modes de vie ou de recours aux soins genrés.
Ainsi, si les maladies cardio-neurovasculaires apparaissent généralement plus tôt chez les hommes et si le risque de cancer est plus important chez les hommes (notamment ceux de l’œsophage et du poumon), les consommations à risque (alcool, tabac) sont aussi plus fréquentes chez les hommes. Au contraire, de nombreuses études font état d’une mortalité associée aux maladies cardio-neurovasculaires plus importante chez les femmes, ce que la littérature relie à une prise en charge moins bonne.
Enfin, certaines études suggèrent que la dépression est plus fréquente chez les femmes, mais que les hommes présentent un risque de décès par suicide plus important. Ce phénomène peut s’expliquer par des expositions différentes, mais aussi par des modes d’expression de la détresse psychique genrés.
Au-delà des aspects de mortalité et de morbidité, l’épidémiologie sociale invite à questionner les trajectoires de santé et de soins via ces structures sociales, qu’elles alimentent des expositions différentes selon le genre, qu’elles influencent différemment les comportements via des normes, ou qu’elles perpétuent des biais de genre via le système de soins.
Différences d’exposition reliées au genre
La distribution sociale des emplois expose les hommes et les femmes à des risques différents.
Si l’on observe une progression du taux d’emploi chez les femmes, la répartition entre les différents secteurs demeure en effet particulièrement genrée : les hommes sont davantage présents dans des secteurs physiquement exigeants et à forte dangerosité, tandis que les femmes occupent plus souvent des emplois de soins et de services. Cette segmentation sociale des emplois alimente une exposition genrée aux différents types de risque : exposition accrue des hommes aux accidents de travail et aux nuisances physiques (produits chimiques, bruit, vibrations), exposition plus fréquente des femmes à des substances spécifiques (responsable d’asthme notamment) ainsi qu’à des troubles musculosquelettiques liés à la répétitivité des tâches.
Au-delà du travail rémunéré, les femmes assument une part plus importante du travail domestique et du care. Cette charge, souvent invisibilisée, a des effets documentés sur la santé : stress, troubles psychiques, fatigue chronique et douleurs musculosquelettiques, particulièrement pour les proches aidantes de personnes atteintes de pathologies lourdes.
À la croisée de ces mondes professionnels et domestiques surgissent aussi des enjeux de santé environnementale. De nombreuses études font ainsi état d’une surexposition des femmes aux polluants et perturbateurs endocriniens, du fait de leurs activités professionnelles, domestiques ou personnelles (via les produits cosmétiques notamment), ce qui augmente le risque de trouble de la fertilité et de cancer hormono-dépendant, tel que le cancer du sein.
Enfin, de nombreuses études et rapports internationaux montrent que les femmes sont plus souvent victimes de violences physiques, sexuelles ou conjugales. Ces violences ont des conséquences sur leur santé physique et mentale – blessures, risques d’infections sexuellement transmissibles, grossesses non désirées, et aussi dépression, anxiété, stress posttraumatique.
En France, les données récentes confirment la surreprésentation des femmes parmi les victimes : en 2024, 84 % des victimes recensées de violences conjugales sont des femmes, et la très grande majorité des mis en cause sont des hommes.
Normes de genre et comportements à risque
Les normes de genre influencent profondément les comportements individuels et, par conséquent, le rapport au corps et à la santé.
Certaines constructions de la masculinité encouragent des pratiques à risque qui renforcent le statut social des hommes et compromettent leur santé : conduite imprudente, consommation de substances psychoactives (alcool, tabac, cannabis, cocaïne, etc.) ou comportements sexuels à risque. Ces comportements sont associés à une augmentation de la morbi-mortalité masculine, d’une part, liées aux accidents de la route et violences notamment, mais aussi de l’ensemble de la population du fait de la propagation des infections sexuellement transmissibles.
La consommation de tabac et alcool est en moyenne plus faible chez les femmes dans l’ensemble des pays de l’OCDE, même si elle a tendance à se rapprocher de celles des hommes et qu’on observe une augmentation de la prévalence des cancers du poumon chez les femmes.
Les normes de genre exposent davantage les femmes à des pressions sociales liées à l’apparence corporelle. Cette pression favorise l’usage de produits cosmétiques potentiellement dangereux, la chirurgie esthétique précoce, l’insatisfaction corporelle et les troubles alimentaires.
Recours aux soins et comportements préventifs liés au genre
Les comportements de recours aux soins diffèrent fortement selon le genre.
Les femmes ont tendance à recourir plus régulièrement aux soins de prévention et de suivi médical, tandis que les hommes consultent moins fréquemment et souvent tardivement, notamment pour des symptômes graves. Ces différences ne s’expliquent pas seulement par des facteurs biologiques, mais reflètent encore une fois des normes sociales : l’adhésion à une masculinité normative — qui valorise l’autonomie, la résistance à la douleur, le contrôle de soi et le refus de montrer sa vulnérabilité — dissuade les hommes de recourir aux soins, retarde les consultations et augmente le risque de complications.
À l’inverse, les rôles sociaux assignés aux femmes favorisent l’attention portée à leur propre santé et à celle des autres, intégrant les pratiques préventives dans le quotidien. Ces dynamiques contribuent à expliquer en partie les différences observées dans les dépenses de santé : les femmes dépensent davantage pour les soins ambulatoires avant 60 ans, indépendamment des besoins gynécologiques ou obstétricaux, tandis que les hommes présentent des coûts hospitaliers plus élevés à un âge avancé.
Biais de genre et santé
Le savoir médical a longtemps reposé sur des normes centrées sur la santé des hommes et négligeant celles des femmes.
Ainsi, les femmes ont souvent été sous-représentées dans les études sur la santé ou les recherches d’effets indésirables des traitements. Aussi, certains problèmes de santé spécifiques aux femmes, tels que la ménopause ou l’endométriose, ont longtemps été ignorés, renforçant les biais de genre dans la production des connaissances médicales et conduisant à des diagnostics ou des traitements inadaptés.
Ces biais de genre s’observent particulièrement dans le traitement de l’infarctus du myocarde ou de l’AVC, via la production du savoir médical et via les pratiques médicales elles-mêmes.
D’une part, la recherche dans ce domaine a longtemps été centrée sur la symptomatologie masculine, conduisant à une méconnaissance et une sous-estimation des manifestations féminines, encore jugées atypiques. D’autre part, cette méconnaissance, à laquelle s’ajoute une dépréciation fréquente de la douleur chez les femmes, amène à des retards de diagnostics plus importants chez les femmes, conduisant alors à des prises en charge sous optimales. »
L’AP-HP s’engage à assurer une prise en charge des femmes globale, coordonnée et adaptée à leurs besoins. Celle-ci couvre le continuum du soin, de la prévention à l’accompagnement au long cours, à tous les âges de la vie. Ces soins adaptés dépassent la seule sphère de la gynécologie-obstétrique pour intégrer pleinement les enjeux de santé publiques actuels. Face aux transformations démographiques, à l’augmentation des maladies chroniques, aux vulnérabilités sociales persistantes, l’AP-HP porte une attention renforcée aux femmes les plus exposées aux inégalités économiques et sociales. L'AP-HP affirme une ambition claire : faire de la santé des femmes un levier central de réduction des inégalités et un pilier durable du service public hospitalier.
Edito de Dr Diane Naouri, Direction de la stratégie et de la transformation de l'AP-HP, et Pierre-Louis Bithorel, Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques