Mis à jour le 24/03/2026
HEGP : les papillomavirus humains (HPV) au cœur d’une recherche de pointe
À l’Hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP, la recherche sur les papillomavirus humains (HPV) mobilise l’expertise transversale de nombreux professionnels et s’appuie sur des technologies de pointe. L’objectif : mieux comprendre les différentes pathologies induites par ces virus, améliorer leur prise en charge, tout en relayant les messages de prévention nationaux sur le dépistage et la vaccination.
Les papillomavirus humains (HPV) constituent une famille de virus se transmettant majoritairement par voie cutanéo-muqueuse lors d’un rapport sexuel. Ainsi, la plupart des hommes et des femmes y sont exposés au cours de leur vie. Si, dans la très grande majorité des cas, cette infection ne provoquera pas de pathologie chez la personne contaminée, elle peut malgré tout se révéler particulièrement dangereuse lorsque le virus persiste dans l’organisme et participe au développement des lésions pré-tumorales puis tumorales. On sait aujourd’hui que la quasi-totalité des cancers du col de l’utérus sont dus à certains de ces HPV, ceux à haut risque oncogène (HPV-HR), tout comme 90% des cancers du canal anal et près de 50% des cancers oro-pharyngés et des autres cancers génitaux (vulve, vagin et pénis).
La vaccination des jeunes filles et des jeunes garçons contre les HPV-HR ainsi que les programmes de dépistage constituent aujourd’hui 2 leviers essentiels pour prévenir ces infections et détecter précocement les lésions associées. Malgré cela, de nombreux défis demeurent pour optimiser la prise en charge des patient(e)s atteints de cancers liés aux HPV-HR. Pour relever ces défis, un collectif de cliniciens, virologues et chercheurs s’est structuré à l’Hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP autour de ces pathologies. L’objectif est d’améliorer la compréhension de l’histoire naturelle des infections à HPV, de développer de nouveaux outils de détection et d’optimiser le traitement et le suivi des patients concernés.
Ce programme de recherche s’inscrit dans une dynamique collaborative large, associant de nombreux partenaires académiques et hospitaliers en France et à l’international. La Pre Hélène Péré, virologue au sein du service de Microbiologie et le Pr Haitham Mirghani, chirurgien ORL et cervico-facial, en présentent ici quelques aspects récents.
Des projets de recherche innovants et transversaux
« Dans le cadre des cancers du col de l’utérus, un des problèmes qui se pose est le suivant : une lésion pré-tumorale causée par ces HPV-HR peut régresser spontanément ou progresser vers un cancer invasif, sans qu’on arrive à déterminer la logique derrière ce processus » explique la Pre Hélène Péré. Enlever ces lésions pré-tumorales, notamment celles de haut grade, pour éviter le cancer invasif implique un impact physiologique, voire des troubles de la fertilité, potentiellement conséquent. L’objectif devient ainsi de mettre en évidence une corrélation entre des particularités inhérentes aux virus HPV-HR retrouvés et l’évolution de ces lésions. « Avec notre doctorante Imane Doghman, nous analysons virologiquement les biopsies de lésions pré-tumorales de 150 patientes en collaboration avec la Pre Anne-Sophie Bats, cheffe du service de Chirurgie gynécologique cancérologique et du sein de l’HEGP, et son équipe pour dresser les « portraits-types » de ces virus et les corréler à l’évolution de ces lésions en termes de régression spontanée ou de progression. »
Ce projet de recherche vise donc à déterminer une « carte d’identité » complète du virus. Cette identification s’appuie sur une technologie de capture couplée au séquençage de nouvelle génération (NGS) optimisée à l’HEGP par les virologues David Veyer et Hélène Péré, une approche qui pourrait également être appliquée au suivi des lésions prétumorales anales prises en charge par le Dr Widad Lahlou à l’HEGP.
En parallèle, un autre biomarqueur (HPV ctDNA) détectable à partir d’une simple prise de sang, permet d’identifier la maladie résiduelle et les rechutes sans symptôme apparent avec une grande sensibilité. Il a notamment démontré sa pertinence pour l’identification précoce des patients en échec oncologique dans un essai clinique récent. Dans la continuité de ces travaux, une étude clinique randomisée de grande ampleur, SURVEILLE-HPV, est actuellement en cours. Elle vise à déterminer si ce biomarqueur pourrait améliorer le suivi des patients en permettant une détection plus précoce des rechutes par rapport aux stratégies de surveillance actuellement utilisées. Si les résultats sont positifs, cette approche pourrait modifier les pratiques de suivi des patients atteints de cancers liés aux HPV-HR.
L’importance de la prévention et du dépistage
Si le dépistage du cancer du col de l’utérus est indiqué chez les femmes entre 25 et 65 ans, il n’existe actuellement aucun programme de dépistage pour les cancers oro-pharyngés HPV induits. Le Pr Haitham Mirghani est ainsi l’investigateur principal d’une étude de recherche (SCREEN HPV) menée par une équipe multidisciplinaire, qui incluera près de 10 000 participants visant à évaluer de nouveaux marqueurs capables d’identifier les personnes susceptibles de développer ce type de cancers. « Concrètement, on est en train d’évaluer un algorithme de dépistage HPV, ce qui n’a jamais été réalisé dans ce contexte », résume la Pre Hélène Péré. Ce projet mobilise de nombreuses équipes et compétences, et constitue une recherche véritablement transversale menée à grande échelle.