Mis à jour le 21/09/2026

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« La dénutrition chez les patients chroniques est une maladie fréquente, grave et souvent sous-diagnostiquée »

La semaine de la sécurité des patients, temps fort de sensibilisation et de dialogue entre professionnels de santé et patients, a lieu cette année du 14 au 18 septembre. Le thème choisi pour cette édition 2026 est « La sécurité des soins pour les personnes atteintes de pathologies chroniques ». Pour ces patients, il existe un risque important de dénutrition qui peut avoir un impact direct sur leur état de santé.

Deux millions : c’est le nombre de personnes dénutries en France. Et malheureusement, un séjour à l’hôpital peut aggraver la situation : 30 % des adultes hospitalisés sont dénutris, 10 % des enfants et près de 40 % des personnes âgées. « Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur de la dénutrition, une maladie grave et fréquente avec des critères diagnostiques précis régulièrement révisés par la Haute Autorité de santé », explique la Pre Agathe Raynaud-Simon, gériatre à l’hôpital Bichat – Claude-Bernard et présidente du comité de liaison alimentation nutrition (CLAN) de l’AP-HP. La dénutrition peut entraîner des complications, des défaillances d’organes, des infections nosocomiales jusqu’au décès du patient.

Les patients atteints d’une maladie chronique sont particulièrement à risque. « Un état nutritionnel dégradé peut détériorer l’état général du patient chronique : c’est une comorbidité », souligne Laurent Livolsi, cadre supérieur de santé et vice-président de la commission gériatrique du CLAN central. La Dre Emmanuelle Dugelay est pédiatre nutritionniste à l’hôpital Robert-Debré et présidente de la comission pédiatrique du CLAN central ; elle prend en charge des patients atteints de pathologies digestives complexes. « La maladie chronique peut engendrer une dénutrition, qui peut à son tour aggraver le pronostic, augmenter la durée d’hospitalisation, accroître le risque de complications post-opératoires et altérer la qualité de vie des patients », note-t-elle.

 

Une maladie sous-diagnostiquée

Perte de poids, maigreur, faiblesse musculaire : autant de signes qui doivent alerter. Mais la dénutrition est un diagnostic dont les professionnels peinent parfois à s’emparer. « La nutrition est un peu l’affaire de tout le monde, donc de personne », constate la Pre Raynaud-Simon « C’est une pathologie silencieuse dont les symptômes ne sont pas toujours évidents », note Laurent Livolsi.

Or, un diagnostic précoce est la clé pour une prise en charge rapide et adaptée aux besoins du patient. « Tous les pédiatres doivent être sensibilisés à cet enjeu : à chaque consultation, il est nécessaire de peser et mesurer les enfants afin d’établir une courbe de croissance, car l’enfant ne doit pas seulement maintenir son poids, il doit aussi grandir », explique la Dre Dugelay.

Au niveau de l’AP-HP, des campagnes de sensibilisation à la dénutrition sont régulièrement menées, notamment à l’occasion de la Semaine nationale de la dénutrition. Par ailleurs, dans certains hôpitaux de l’AP-HP, des « unités transversales de nutrition » ont été mises en place. « Leur rôle est de faciliter le dépistage et la prise en charge, quelle que soit la pathologie du patient », rappelle la Dre Dugelay.

 

Retrouver une alimentation savoureuse

Une fois le diagnostic établi, il s’agit d’améliorer le « statut nutritionnel » du patient, autrement dit d’augmenter ses apports énergétiques et protéiques. Cela passe par une alimentation enrichie et/ou thérapeutique, et parfois une nutrition artificielle. « Pour les enfants atteints d’une pathologie chronique -hématologique, oncologique, par exemple– on met de plus en plus souvent en place une nutrition entérale précoce, car on s’est rendu compte que cela améliorait le pronostic », explique la Dre Dugelay.

En ce qui concerne l’alimentation thérapeutique, la volonté est d’ aller vers une alimentation la plus savoureuse possible, tout simplement », déclare Laurent Livolsi. Ainsi, à l’hôpital Saint-Louis, une expérimentation de repas « comme à la maison » a recueilli de nombreux suffrages positifs. À l’hôpital Rothschild, un enrichissement de tous les repas pour les patients du service gériatrie a été effectué. Des initiatives qui se multiplient au sein de toute l’institution. « C’est un travail collectif qui se mène dans le cadre des CLAN avec les médecins et les ingénieurs de restauration pour simplifier l’alimentation hospitalière et la rendre mieux adaptée aux besoins des patients », poursuit-il.

 

Un suivi dans le temps

Corriger une dénutrition prend du temps. « Dans les services de soins médicaux et de réadaptation, nous avons le temps de mettre en place une alimentation thérapeutique et de suivre l’évolution dans le temps », explique Laurent Livolsi. Si la dénutrition aggrave le pronostic de la maladie chronique, l’inverse est vrai aussi : un meilleur état nutritionnel facilite et accélère la convalescence des patients.

L’enjeu est de faire en sorte que ce suivi se poursuive hors de l’hôpital, avec les professionnels de ville. « La nutrition est une question de sécurité du patient qui doit être abordée tout au long du suivi », conclut la Pre Agathe Raynaud-Simon.

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