Une analyse combinée des essais randomisés multicentriques français ABYSS et coréen SMART-DECISION, montre que chez des patients stabilisés après un infarctus du myocarde, sans insuffisance cardiaque ni autre raison de prendre des bêtabloquants, l’arrêt de ces derniers ne s’accompagne pas d’un risque accru d’événements cardiovasculaires majeurs par rapport à leur poursuite. Alors que la pratique actuelle consiste à prescrire un bêtabloquant à la plupart des patients après un infarctus, les deux essais ont évalué l’arrêt du traitement après six mois ou un an de prescription. L’analyse « poolée » des deux essais* a inclus plus de 6 000 patients et a été réalisée conjointement par l’AP-HP et le Samsung Medical Center à Séoul. Elle a fait l’objet d’une publication parue le 31 août 2026 dans le Lancet.
L’infarctus du myocarde survient lorsqu’une artère coronaire se bouche brutalement, privant une partie du muscle cardiaque d’oxygène. Plusieurs traitements sont prescrits au long cours afin d’améliorer le pronostic chez les patients ayant survécu, parmi lesquels les bêtabloquants. Chaque année en France, 100 000 patients subissent un infarctus du myocarde, communément appelé « crise cardiaque », et se voient prescrire ce traitement à vie. Grâce à la prise en charge interventionnelle rapide de l‘infarctus, les séquelles musculaires sont souvent minimes et le pronostic des patients est désormais meilleur, permettant d’envisager un arrêt des bêtabloquants chez certains patients. Néanmoins, jusqu’à présent, les données permettant d’évaluer la sécurité d’un arrêt de ce traitement chez ces patients étaient limitées.
Cette analyse, combinant ces deux essais, a inclus 6 238 patients ayant présenté un infarctus du myocarde plus de six mois auparavant, avec une fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG)1 ≥ 40 %, sans insuffisance cardiaque et sans autre indication aux bêtabloquants. Les participants ont été répartis en deux groupes : un groupe avec arrêt du traitement (3 092 patients) et l’autre avec sa poursuite (3 146 patients). Après un suivi médian de trois ans, le critère principal de jugement – combinant décès toutes causes, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral ou hospitalisation pour raison cardiovasculaire – est survenu chez 17,2 % des patients ayant interrompu les bêtabloquants, contre 15,9 % chez ceux l’ayant poursuivi (HR = 1,09 ; IC à 95 % : 0,97–1,24 ; p de non-infériorité = 0,016). Le critère secondaire principal – associant décès toutes causes, infarctus du myocarde ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque – est survenu avec une fréquence quasiment identique dans les deux groupes (respectivement 6,5 % et 6,4 %) (HR = 1,01 ; IC à 95 % : 0,83–1,23 ; p de non-infériorité = 0,0006).
Ces données suggèrent que, chez les patients stabilisés après un infarctus du myocarde, présentant une FEVG préservée ou modérément altérée (≥ 40 %), sans insuffisance cardiaque ni autre indication aux bêtabloquants, l’interruption du traitement est une stratégie sûre sans impact sur les récidives d’évènements graves. Néanmoins l’interprétation du critère principal doit rester prudente, celui-ci étant largement influencé par les hospitalisations cardiovasculaires, un évènement moins grave mais important dans la vie des patients coronariens.
Cette analyse contribue à faire évoluer la réflexion sur la durée optimale du traitement par bêtabloquants après un infarctus du myocarde et pourrait conduire à une réadaptation des soins thérapeutiques chez les patients à faible risque.
La fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG) est un indicateur de la capacité du cœur à pomper le sang. Une FEVG de 40 % ou plus signifie que la fonction de pompage est préservée ou seulement modérément altérée.
*Cette analyse a été coordonnée par les professeurs Johanne Silvain (service de cardiologie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, Sorbonne Université, Inserm et ACTION Cœur) et Joo-Yong Hahn (service de cardiologie du Samsung Medical Center à Séoul).
Références : Johanne Silvain; Ki Hong Choi ; Victorien Monguillon ; Danbee Kang ; Guillaume Cayla ; Weon Kim; Emile Ferrari ; Young Bin Song ; Grégoire Range ; Etienne Puymirat; Joon-Hyung Doh; Nicolas Delarche; Juhan Kim; Paul Guedeney; Yong Hwan Park; Abdourahmane Diallo; Sung Gyun Ahn; Eric Vicaut; Gilles Montalescot; Joo-Yong Hahn - Lancet
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