Mis à jour le 13/05/2026

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Gale sévère : l’augmentation des doses ne renforce pas l’efficacité du traitement

La gale sévère est une dermatose parasitaire rare caractérisée par la prolifération massive d'acariens cutanés. À l’heure actuelle, le traitement recommandé (non prouvé par des essais cliniques) repose sur l’association d’ivermectine, qui est un médicament utilisé contre les infestations parasitaires par voie orale à dose standard et d’une crème à la perméthrine (traitement en première intention pour la gale). Afin d’évaluer l’impact d’une dose plus élevée d’ivermectine, un essai randomisé, promu par l’AP-HP et coordonné par le Pr Olivier Chosidow de l’hôpital Bicêtre AP-HP, a été mené auprès de 132 patients adultes atteints de gale sévère, confirmée par examen parasitologique ou dermoscopie. Les résultats de cette étude montrent que l’augmentation de la dose ne représente pas de bénéfice clinique supplémentaire. Ils ont été publiés le 6 mai 2026 dans le New England Journal of Medicine.  

La gale sévère, incluant les gales diffuses et les gales hyperkératosiques (improprement appelées « norvégiennes »), est une dermatose parasitaire rare due à l’acarien Sarcoptes scabiei. Celle-ci représente un enjeu important de santé publique à l’échelle mondiale, notamment en raison des complications pouvant mettre en jeu le pronostic vital et à l’origine d’épidémies dans des collectivités (notamment dans les maisons de retraite). Elle se caractérise par une prolifération massive de parasites, touchant principalement des personnes fragilisées (immunodépression, grand âge). Contrairement à la gale classique, elle entraîne des lésions diffuses, parfois épaisses et hautement contagieuses, pouvant être associées à des démangeaisons qualifiées « d’atroces ». 

Un essai randomisé a été réalisé auprès de 132 patients adultes atteints de gale sévère, confirmée par un examen parasitologique ou par dermoscopie (analyse par une grosse loupe des lésions cutanés de la peau). Les patients ont été répartis en deux groupes à parts égales, l’un avec une dose élevée d’ivermectine administrée (400 μg) et l’autre, plus faible (200 μg), répétée trois fois (J1-J7-J14) en association avec une crème à la perméthrine répétée deux fois (J1 et J7). Le critère d'évaluation principal était la guérison de la gale sévère, confirmée par une évaluation parasitologique ou dermoscopique aux jours 18 et 21, et l'absence de lésions cliniques actives lors de l'examen physique au jour 28.

Les résultats montrent un taux de guérison de 75 % dans le groupe traité par dose élevée, contre 82 % dans le groupe recevant la dose standard. Aucune différence significative d’efficacité n’a été observée entre les deux stratégies thérapeutiques, suggérant que l’augmentation de la dose d’ivermectine n’apporte pas de bénéfice clinique supplémentaire dans ce contexte. Le traitement à dose standard devrait désormais constituer la prise en charge minimale de ces gales dans le monde.

Cette étude a été coordonnée par le Pr Olivier Chosidow, ancien chef du service de dermatologie de l’hôpital Henri-Mondor AP-HP, ancien président du centre de preuves de la société française de dermatologie et de son groupe d’infectiologie et de maladies sexuellement transmissibles. Le traitement de la gale classique a fait l’objet d’un essai randomisé contrôlé, publié dans le BMJ en janvier 2026 dans le cadre d’une étude en lien avec le CHU de Bordeaux.

Références : Charlotte Bernigaud, Giao Do‑Pham, Elie Guichard, Marie Beylot‑Barry, Elisa Goujon, Camille Isnard, Nathalie Beneton, Mahtab Samimi, Billal Tedbirt, Henri Adamski, Selma Azib, Emmanuel Mahe, Catherine Michel, Jean‑Luc Perrot, Marie Acquitter, Anne‑Claire Bursztejn, Guillaume Chaby, Frederic Caux, Thierry Passeron, Clelia Vanhaecke, Antoine Mahe, Marie‑Therese Leccia, Sebastien Barbarot, Cedric Lenormand, Francois Aubin, Francoise Foulet, Laetitia Gregoire, Bruno Giraudeau, Olivier Chosidow, - NEJM

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