Et si chaque patient atteint de sepsis, une pathologie sévère responsable de millions de décès chaque année, pouvait recevoir le traitement adapté à son profil ? Pour la première fois, un essai clinique adaptatif international est lancé le 24 juillet pour améliorer le suivi des patients : PALETTE (Precision medicine Adaptive pLatform triaL for sEpsis and infecTious Treatable traits Evaluation), porté par l’IHU SEPSIS et promu par l’AP-HP, en collaboration avec les réseaux CRICS-TRIGGERSEP et RENARCI labellisés F-CRIN, infrastructure portée par l’Inserm. Cet essai vise, à partir d’un schéma de type plateforme, à tester simultanément plusieurs traitements ciblant une empreinte biologique spécifique à chaque patient, enfant ou adulte, atteint de sepsis. Avec PALETTE, de nouvelles approches thérapeutiques de lutte contre le sepsis, reconnue par l’OMS comme une priorité de santé mondiale*, alliant innovation scientifique et médecine personnalisée, pourraient être proposées.
Le sepsis, une menace majeure méconnue
Chaque année, dans le monde, environ 166 millions de personnes, sont touchées par le sepsis, une réaction immunitaire anormale à une infection pouvant entraîner une défaillance multiviscérale potentiellement mortelle. Dans un contexte de résistance croissante aux antimicrobiens, cette pathologie est responsable de 21 millions de décès par an*, soit davantage que le VIH, le cancer du sein ou la malaria.
En France, chaque année, le sepsis touche environ 240 000 personnes, cause environ 80 000 décès, et laisse plus d’un patient sur deux avec de lourdes séquelles physiques, psychologiques et sociales.
Un tournant médical : une médecine de précision
Le sepsis se présente sous des formes très diverses rendant improbable qu’un traitement puisse être efficace pour l’ensemble des patients. Pour y remédier, l’IHU SEPSIS et l’AP-HP, respectivement premier institut mondial dédié à la lutte contre le sepsis et premier CHU européen, en partenariat avec le réseau CRICS‑TRIGGERSEP, réseau européen spécialisé dans la recherche sur le sepsis, avec le soutien du réseau de recherche en infectiologie RENARCI et de F-CRIN, lancent PALETTE : un essai plateforme, innovant, adaptatif et bayésien, pour le sepsis.
PALETTE : un essai innovant
Coordonné par le Pr. Djillali Annane, médecin réanimateur à l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP à Garches, directeur de l’IHU, membre fondateur du réseau CRICS-TRIGGERSEP, et pionnier de la recherche clinique sur le sepsis, PALETTE est un essai plateforme adaptatif qui repose sur l’utilisation de traits traitables afin d’adapter rapidement les traitements aux spécificités de chaque patient.
Son innovation repose sur l’identification de profils de malades, basés sur les paramètres propres à chaque patient via des algorithmes et/ou grâce aux connaissances médicales récentes. Ces profils permettent de prévoir au mieux la réponse à un traitement donné, assurant pour chaque enfant ou adulte avec sepsis, un traitement individualisé, dans l’objectif qu’il soit plus efficace et mieux toléré.
PALETTE permettra également d’évaluer plusieurs traitements simultanément pour orienter les futures études vers les pistes les plus prometteuses. Dans le domaine de l’immunité, plusieurs traitements visant à mieux contrôler l’inflammation seront ainsi évalués. Il s’agit notamment de médicaments ciblant des mécanismes clés de la réponse immunitaire, comme le tocilizumab, le baricitinib et l’anakinra. D’autres approches destinées à stimuler ou moduler le système immunitaire seront également étudiées, comme le filgrastim ou l’interféron gamma-1b, ainsi que des techniques d’épuration du plasma permettant d’éliminer certaines molécules impliquées dans l’inflammation. Les corticoïdes, médicaments de référence pour traiter l’inflammation, seront aussi utilisés selon des stratégies personnalisées, notamment l’hydrocortisone et la fludrocortisone. Enfin, afin de corriger les troubles de la coagulation sanguine qui peuvent accompagner ces situations, plusieurs traitements seront évalués. Certains sont déjà largement utilisés en pratique médicale, comme les héparines (héparine non fractionnée et héparines de bas poids moléculaire) ou certains produits dérivés du plasma. D’autres traitements plus ciblés, comme la thrombomoduline, le sivelestat ou le plasminogène, pourront également être proposés à l’avenir en fonction du profil biologique des patients, enfants ou adultes. PALETTE permettra de plus d’intégrer rapidement l’évaluation des traitements en cas de nouvelle pandémie, prenant en compte les leçons tirées de celle causée par la COVID-19.
« C’est la première fois qu’un essai clinique évalue en temps réel des traitements contre le sepsis, adaptés au profil biologique de chaque patient, enfant ou adulte. PALETTE est une innovation majeure dans la lutte contre le fléau mondial qu’est le sepsis », déclare le Pr Djillali Annane.
1 200 à 2 000 patients, un impact majeur en santé publique
Soutenu notamment par le programme France 2030 et le ministère de la Santé au travers du programme hospitalier de recherche clinique (PHRC national), PALETTE prévoit d’inclure entre 1 200 et 2 000 patients (dont des enfants) dans plus de 40 centres hospitaliers en France, avant un déploiement international, y compris en Afrique subsaharienne et Amérique du Sud. Les premières inclusions, notamment au sein des centres des réseaux CRICS-TRIGGERSEP et RENARCI, labellisés F-CRIN, sont attendues au second trimestre 2026.
Une ambition : réduire le poids du sepsis
Pour chaque patient, augmenter les chances d’une vie en bonne santé.
Pour la société, alléger la facture globale de la prise en charge du sepsis et de ses conséquences - moins d’hospitalisations, moins de perte d’autonomie, une reprise plus rapide de la vie active, de la scolarité.
Pour la science, ouvrir de nouvelles voies dans la compréhension des maladies infectieuses.
En combinant science de pointe, systèmes numériques avancés, et collaboration internationale, PALETTE concrétise l’ambition d’une médecine personnalisée du sepsis, plus efficace, plus sûre, et plus équitable.
Le saviez-vous ?
Un essai « bayésien » est particulièrement bien adapté à l’analyse de données acquises séquentiellement, au fur et à mesure qu’elles sont collectées. Il permet, en cours d’essai, de donner des outils décisionnels basés sur les premiers résultats, afin de proposer d’arrêter une stratégie inefficace ou de renforcer celle qui fonctionne. Cela permet d’épargner aux patients des traitements s’avérant inefficaces et d’optimiser les ressources.
À propos de l’AP-HP
Premier centre hospitalier et universitaire (CHU) d’Europe, l’AP-HP et ses 38 hôpitaux sont organisés en six groupements hospitalo-universitaires (AP-HP. Centre - Université Paris Cité ; AP-HP. Sorbonne Université ; AP-HP. Nord - Université Paris Cité ; AP-HP. Université Paris-Saclay ; AP-HP. Hôpitaux Universitaires Henri-Mondor et AP-HP. Hôpitaux Universitaires Paris Seine-Saint-Denis) et s’articulent autour de cinq universités franciliennes. Étroitement liée aux grands organismes de recherche, l’AP-HP compte huit instituts hospitalo-universitaires d’envergure mondiale (ICM, ICAN, IMAGINE, FOReSIGHT, SEPSIS, lnovAND, reConnect, THEMA) et le plus grand entrepôt de données de santé (EDS) français. Acteur majeur de la recherche appliquée et de l’innovation en santé, l’AP-HP détient un portefeuille de 810 brevets actifs, ses cliniciens chercheurs signent chaque année plus de 11 000 publications scientifiques et près de 4 400 projets de recherche sont aujourd’hui en cours de développement, tous promoteurs confondus. L’AP-HP a obtenu en 2020 le label Institut Carnot, qui récompense la qualité de la recherche partenariale : le Carnot@AP-HP propose aux acteurs industriels des solutions en recherche appliquée et clinique dans le domaine de la santé. L’AP-HP a également créé en 2015 la Fondation de l’AP-HP qui agit en lien direct avec les soignants afin de soutenir l’organisation des soins, le personnel hospitalier et la recherche au sein de l’AP–HP. http://www.aphp.fr