Si l’espérance de vie des femmes est plus longue que celle des hommes, les maladies surviennent parfois différemment chez les femmes, en termes de symptômes, de gravité ou de prévalence. Ces différences s’expliquent par des facteurs biologiques, ainsi que par des modes de vie ou de recours aux soins différents selon le genre.
Par exemple, de nombreuses études font état d’une mortalité associée aux maladies cardio-neurovasculaires plus importante chez les femmes, ce qu’elles relient à une prise en charge moins bonne. Le savoir médical a longtemps reposé sur des normes centrées sur la santé des hommes et négligeant celles des femmes. Certains problèmes de santé spécifiques aux femmes, tels que la ménopause ou l’endométriose, ont longtemps été ignorés, renforçant les biais de genre dans la production des connaissances médicales et conduisant à des diagnostics ou des traitements inadaptés.
Ces biais de genre s’observent particulièrement dans le traitement de l’infarctus du myocarde ou de l’accident vasculaire cérébral, via la production du savoir médical et les pratiques médicales elles-mêmes. D’une part, la recherche dans ce domaine a longtemps été centrée sur la symptomatologie masculine, conduisant à une méconnaissance et une sous-estimation des manifestations féminines, encore jugées atypiques. D’autre part, cette méconnaissance, à laquelle s’ajoute une dépréciation fréquente de la douleur chez les femmes, amène à des retards de diagnostics plus importants chez les femmes, conduisant alors à des prises en charge sous optimales.
L’AP-HP s’engage pour assurer à chaque femme une prise en charge globale, coordonnée et adaptée à ses besoins. Cette prise en charge recouvre la prévention, le soin et l’accompagnement au long cours, à tous les âges de la vie.
Des soins qui dépassent la seule sphère de la gynécologie-obstétrique pour intégrer pleinement les enjeux de santé publique. Face aux transformations démographiques, à l’augmentation des maladies chroniques, aux vulnérabilités sociales persistantes, l’AP-HP porte une attention renforcée aux femmes les plus exposées aux inégalités économiques et sociales. Au-delà, en tant qu’employeur, l’AP-HP se doit aussi d’être exemplaire. Elle s’engage pour mieux accompagner ses professionnelles et renforcer la prise en compte de leur santé au travail.
À l’occasion de la journée internationale des femmes du 8 mars, l’AP-HP réaffirme son ambition claire : faire de la santé des femmes un levier central de réduction des inégalités et un pilier durable du service public hospitalier. À ce titre, le présent dossier met en lumière plusieurs initiatives conduites au sein de l’institution. Ces exemples, présentés à titre illustratif, ne représentent cependant pas l’ensemble des actions engagées au sein de l’AP-HP.
LES CHIFFRES CLÉS EN 2024 À L’AP-HP
80 études portant sur la santé des femmes
96 697 passages aux urgences gynécologiques
1 500 femmes accueillies dans les 5 Maisons des femmes
36 000 naissances dans les 13 maternités
1 900 victimes de violences sexuelles prises en charge dans les unités médico-judiciaires
MALADIES CARDIOVASCULAIRES : PRÉVENIR, STRUCTURER LES PARCOURS DE SOINS ET FAIRE PROGRESSER LA RECHERCHE
Les maladies cardiovasculaires chez les femmes restent encore insuffisamment étudiées et enseignées. L’AP-HP s’engage à diffuser ces connaissances auprès des professionnels de santé et du grand public afin de construire des parcours de soins plus équitables, depuis la prévention jusqu’à la connaissance des symptômes et la prise en charge. La prévention autour des maladies cardiovasculaires chez les femmes constitue aujourd’hui une priorité nationale de santé publique.
Le dépistage cardiovasculaire au cœur de la santé des femmes
Pour réduire les risques cardiovasculaires chez les femmes, plusieurs actions de dépistages ont menées dans les hôpitaux de l’AP-HP. Depuis 2007, la cohorte CARVAR 92 organise une campagne de dépistage dans les Hauts-de-Seine, menée conjointement par la caisse primaire d’assurance maladie et le service de cardiologie de l’hôpital Ambroise-Paré AP-HP. Les femmes âgées de 40 à 70 ans, sans antécédent cardiovasculaire, sont invitées à réaliser un bilan gratuit comprenant examen clinique, mesures anthropométriques, tension artérielle, analyses sanguines et questionnaire détaillé sur leurs habitudes de vie, l’hérédité et l’usage de traitements, notamment hormonaux.
Ces initiatives s’inscrivent dans une démarche plus large de sensibilisation et de prévention. À l’Institut de cardiologie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, une journée ACTION – santé cardiovasculaire de la femme est organisée chaque année. Elle propose des espaces animés par des équipes médicales, paramédicales et associatives, et un dépistage gratuit permettant des évaluations simples, accessibles et scientifiquement validées. Ces actions facilitent l’identification rapide des situations nécessitant une prise en charge ou un suivi médical.
Prévenir après la grossesse : un accompagnement renforcé des femmes à risque
Le suivi des femmes après la grossesse constitue un autre enjeu crucial, car près de 20 % présentent des risques cardiovasculaires ou métaboliques ultérieurs. Malgré les recommandations nationales et internationales, l’adhésion au suivi post-partum reste insuffisante. Les consultations à trois et six mois après l’accouchement représentent donc une fenêtre d’opportunité majeure pour le dépistage, l’information, l’éducation et la prévention.
Dans ce cadre, le Programme d’Actions d’Accompagnement Patients (PAAP OPTIGEST) de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP accompagne les femmes ayant eu un diabète gestationnel, une hypertension gravidique ou une prééclampsie. Il repose sur une approche multidisciplinaire associant cardiologie, gynécologie-obstétrique, diabétologie, endocrinologie-nutrition et psychiatrie. L’accompagnement comprend une consultation dédiée menée par une infirmière ou une sage-femme formée à l’éducation thérapeutique, des consultations spécialisées ciblées, un circuit d’adressage rapide en cas d’alerte et un suivi sur plusieurs années. L’objectif est d’informer les patientes sur leurs risques, prévenir les grossesses non souhaitées avec une contraception adaptée, renforcer leur autonomie, sensibiliser au risque cardiovasculaire et optimiser la coordination hôpital-ville. Un parcours spécifique a également été mis en place avec les maternités AP-HP des hôpitaux Cochin – Port-Royal et Antoine-Béclère pour assurer un suivi personnalisé des femmes ayant présenté des troubles hypertensifs pendant leur grossesse.
Ces troubles hypertensifs demeurent un enjeu majeur et font l’objet de recherches continues. L’étude CHYPRE, menée à l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP, vise à mieux comprendre ces pathologies, en particulier pour identifier précocement les femmes à risque. Elle s’appuie sur un dispositif médical portable destiné aux sage-femmes et obstétriciens, permettant d’évaluer la circulation sanguine via échographie des artères cervicales et d’adapter ainsi les traitements aux situations individuelles.
Parallèlement, les recherches de l’AP-HP explorent les différences de genre dans le vieillissement vasculaire (projet ANR SALVAGE) et l’impact du COVID-19 sur ce vieillissement chez les femmes comparativement aux hommes (étude CARTESIAN). L’objectif de ces travaux est de mieux comprendre ces mécanismes et de proposer des stratégies de soins toujours plus ciblées, personnalisées et efficaces.
MIEUX PRENDRE EN CHARGE LES MALADIES RHUMATOLOGIQUES GRÂCE À DES PARCOURS DÉDIÉS ET LE DÉVELOPPEMENT DE LA RECHERCHE
Au sein de l’AP-HP, les services de rhumatologie se sont mobilisés depuis plus de vingt-cinq ans pour améliorer la prise en charge de l’arthrose, de l’ostéoporose et de l’ensemble des maladies rhumatologiques, en développant à la fois des programmes de prévention, de dépistage et de recherche.
Cette mobilisation prend une importance particulière chez les femmes âgées suivies pour un cancer, qui présentent un risque accru d’ostéoporose et de fractures. Ce risque est lié à l’âge, à la dénutrition, au risque de chute, mais aussi aux traitements oncologiques tels que l’hormonothérapie, la chimiothérapie ou la prémédication par corticoïdes. Les fractures ostéoporotiques ont un impact majeur sur l’autonomie et la qualité de vie de ces patientes. Pour y répondre, l’hôpital de jour d’oncogériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP propose le dépistage et la prévention de l’ostéoporose chez les femmes âgées à haut risque, en évaluant leur densité osseuse. Ce dépistage précoce permet d’identifier les patientes nécessitant des examens plus approfondis et une prise en charge adaptée.
L’ostéoporose et l’arthrose représentent ainsi deux enjeux majeurs pour la santé des femmes âgées, car toutes deux impactent la mobilité et l’autonomie. L’arthrose, pathologie majoritairement féminine, est particulièrement fréquente après la ménopause. À l’hôpital Saint-Antoine AP-HP, une équipe de recherche Inserm – Sorbonne Université travaille à l’identification de nouvelles approches thérapeutiques pour l’arthrose, en s’appuyant sur la cohorte DIGICOD dédiée à l’arthrose des mains. Cette cohorte prospective vise à mieux caractériser les formes cliniques, évolutives et douloureuses de l’arthrose digitale, en intégrant données cliniques, biologiques, d’imagerie et indicateurs de qualité de vie. Ces travaux ont conduit au développement clinique du liraglutide, traitement antidiabétique, en injection intra-articulaire et à la création de la start-up 4Moving Biotech. Le programme est actuellement en phase II, mené dans une vingtaine de centres internationaux, dont deux centres AP-HP (Cochin – Port-Royal et Lariboisière).
Parallèlement, des facteurs environnementaux jouent un rôle dans l’apparition ultérieure des maladies inflammatoires chroniques, notamment les facteurs alimentaires, hormonaux ou l’exposition aux polluants. La cohorte E3N-générations, intégrée au programme de recherche sur les maladies auto-immunes rhumatologiques de l’équipe d’immuno-rhumatologie de l’hôpital Bicêtre AP-HP, s’intéresse particulièrement à ces influences. Les travaux ont notamment porté sur la polyarthrite rhumatoïde, rhumatisme inflammatoire chronique le plus fréquent en France, et sur l’artérite à cellules géantes, une vascularite touchant principalement les sujets âgés. Ces recherches ont permis d’identifier plusieurs facteurs environnementaux associés au risque de survenue de ces pathologies, certains étant potentiellement modifiables, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives en matière de prévention et de santé publique.
ADAPTER LES PARCOURS AUX SITUATIONS GYNÉCO-OBSTÉTRICALES COMPLEXES : RENFORCER LA PRÉVENTION ET LE SUIVI DES FEMMES LES PLUS À RISQUE
L’AP-HP propose une offre de soins en gynécologie et périnatalité centrée sur les besoins et les spécificités de chaque femme, intégrant les dimensions médicales, psychologique et sociale. Les parcours sont conçus pour accompagner chaque patiente dans son projet de vie reproductive, en tenant compte de son âge, de son état de santé, de ses antécédents médicaux et de sa situation sociale ou psychique. Cette approche globale repose sur la coordination pluridisciplinaire, la personnalisation du suivi et la continuité des soins tout au long du parcours.
Santé périnatale : accompagner les vulnérabilités
Pour les femmes enceintes présentant des vulnérabilités spécifiques, l’AP-HP a développé des dispositifs innovants. À l’hôpital Lariboisière - Fernand-Widal AP-HP, l’accompagnement des patientes confrontées à des troubles liés à l’usage de substances combine consultations spécialisées, suivi en hôpital de jour et accompagnement par des sage-femmes formées en addictologie périnatale. Cette organisation favorise la continuité des soins, lutte contre la stigmatisation et renforce l’autonomie des patientes, dans un cadre sécurisant. Une équipe mobile de psychiatrie périnatale viendra compléter ce dispositif courant 2026, illustrant l’engagement de l’hôpital à adapter ses services aux besoins particuliers des femmes.
Le suivi des grossesses chez les patientes atteintes de maladies rares ou chroniques illustre également cette approche personnalisée. L’hôpital Antoine-Béclère AP-HP propose un accompagnement pré-conceptionnel et un suivi pluridisciplinaire coordonné avec les centres de référence maladies rares et la filière FIMATHO, permettant d’anticiper les risques materno-fœtaux, d’adapter les traitements et d’organiser un accouchement sécurisé. Les consultations à distance, lorsque nécessaire, garantissent la continuité des soins tout en respectant les contraintes des patientes.
Sécuriser la grossesse face aux enjeux métaboliques et nutritionnels
La prise en charge des femmes présentant des risques spécifiques liés à leur état nutritionnel ou métabolique constitue un autre exemple de parcours adapté. Le projet NUMASURG,de l'hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP, suit les femmes enceintes après chirurgie bariatrique, en étudiant leurs marqueurs nutritionnels et le développement de leurs enfants jusqu’à l’âge de dix ans. Parallèlement, un parcours coordonné avec l’Institut iWISH assure un accès sécurisé à l’assistance médicale à la procréation pour les femmes en situation d’obésité, en combinant évaluation pré-conceptionnelle, accompagnement nutritionnel et suivi obstétrical personnalisé. Ces dispositifs démontrent la capacité de l’AP-HP à adapter ses soins aux besoins physiopathologiques spécifiques de chaque femme.
Pour les femmes présentant un diabète gestationnel, elles peuvent bénéficier d’un suivi structuré et éducatif au sein du parcours Gestamat de la maternité de l’hôpital Louis-Mourier AP-HP. L’accompagnement individualisé, les ateliers collectifs sur le diabète et l’alimentation, ainsi que l’activité physique adaptée, permettent un suivi glycémique sécurisé, favorisent l’autonomie et soutiennent le bon déroulement de la grossesse. De manière plus large, les maternités des hôpitaux Robert-Debré, Necker-Enfants malades et Armand- Trousseau AP-HP ont mis en place des parcours personnalisés pour identifier précocement les vulnérabilités sociales, psychiques ou médicales et proposer un accompagnement individualisé, incluant information pratique, ateliers collectifs et coordination ville-hôpital.
L’AP-HP s’attache également à intégrer des dispositifs innovants pour accompagner les femmes dans des situations singulières. À l’hôpital Louis-Mourier AP-HP, des ateliers d’art-thérapie soutiennent les mamans en deuil périnatal, offrant un espace d’expression sécurisé et favorisant la résilience. À l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP, un livret dédié aux examens d’imagerie pendant la grossesse permet d’assurer une prise en charge sûre et rassurante pour les patientes enceintes ou allaitantes.
De l’obstétrique à la gynécologie : garantir un parcours de soins pour toutes les femmes
Parallèlement, des parcours gynécologiques spécifiques sont proposés pour répondre aux besoins de chaque femme. GYNHEMO à l’hôpital Bicêtre AP-HP suit les adolescentes et jeunes adultes atteintes de maladies chroniques ou ayant été traitées pour un cancer, en anticipant l’impact des pathologies sur la fertilité et la santé sexuelle. Le service de gynécologie de cet hôpital innove également avec la radiofréquence pour traiter les fibromes et l’adénomyose de manière mini-invasive, tandis que le Ménopause Club de l’hôpital Beaujon AP-HP offre information, accompagnement et outils d’auto-évaluation, en lien avec la future création d’un hôpital de jour dédié. La consultation Handigynéco de l'hôpital Antoine-Béclère AP-HP facilite l’accès aux soins gynécologiques pour les femmes en situation de handicap, et le service de pelvi-périnéologie propose une prise en charge complète des troubles liés à la grossesse ou aux traitements gynécologiques, privilégiant des approches personnalisées et non interventionnelles.
En combinant innovation médicale, pluridisciplinarité et personnalisation des parcours, l’AP-HP offre une prise en charge globale qui respecte les spécificités de chaque femme, de l’adolescence à la ménopause, et de la préconception au suivi post-partum, tout en garantissant sécurité, équité et qualité des soins.
STRUCTURER LA PRISE EN CHARGE DE L’AVC ET DÉVELOPPER DES PROGRAMMES DE RECHERCHE, NOTAMMENT SUR LES TROUBLES NEUROLOGIQUES FONCTIONNELS
L’AP-HP développe une offre de soins neurologiques spécifiquement dédiée aux femmes, répondant à des besoins encore insuffisamment adressés dans le cadre des pathologies cérébrovasculaires et des troubles neurologiques fonctionnels (TNF). Ces initiatives montrent que les femmes présentent des particularités biologiques, hormonales et sociales influençant le pronostic et le suivi de certaines maladies, et qu’elles nécessitent une approche de soins personnalisée, intégrant prévention, accompagnement et réadaptation.
Au sein du département de neurologie de l’hôpital Lariboisière – Fernand-Vidal AP-HP, la filière Femme-AVC constitue un centre d’expertise pionnier pour la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux chez les femmes. Cette filière permet de structurer les avis spécialisés en neurovasculaire autour de problématiques féminines spécifiques, telles que la contraception, la grossesse, l’assistance médicale à la procréation ou la ménopause. Les données cliniques montrent que, après un AVC, certaines patientes renoncent à des projets de vie essentiels faute d’accompagnement adapté. De plus, elles présentent des facteurs de risque et des conditions sociales particulières : moindre contrôle de l’hypertension ou du diabète, exposition plus fréquente à la précarité et influences hormonales spécifiques. Cela nécessite une vigilance accrue et des parcours de soins différenciés. Cette filière ambitionne donc d’améliorer la prévention, la détection et le suivi post-AVC, tout en intégrant les dimensions sociales et genrées dans l’accompagnement global des patientes.
En parallèle, le projet CONNECTNF, développé par l’association ConnectNF et l’unité troubles neurologiques fonctionnels de l’hôpital Avicenne AP-HP, illustre une approche holistique et innovante pour les femmes atteintes de TNF, des dysfonctionnements neurologiques sans lésion identifiable, touchant majoritairement les patientes (environ 75 %). Reconnaissant les inégalités d’accès aux soins et les facteurs sociaux et genrés, ce programme expérimental combine thérapies complémentaires (danse-thérapie, art-thérapie, hypnose, psychomotricité, ateliers d’ancrage et groupes de parole) pour renforcer la qualité du parcours, réduire la stigmatisation et améliorer la qualité de vie. Deux journées de sensibilisation et de formation, prévues en 2026 et 2027, permettront de promouvoir le diagnostic précoce, d’intégrer une approche genrée et de diffuser les bonnes pratiques. Enfin, l’évaluation scientifique du projet CONNECTNF produira des données cruciales pour mieux comprendre la prise en charge des femmes et réduire leur sous-représentation dans la recherche clinique.
Ces initiatives en neurologie s’intègrent dans une vision globale de la santé des femmes portée par l’AP-HP, elles rejoignent les dispositifs de prévention et de suivi personnalisés pour offrir des parcours qui prennent en compte les spécificités biologiques, psychologiques et sociales des femmes. Elles illustrent également la capacité de l’institution à combiner expertise médicale, pluridisciplinarité et innovation organisationnelle pour répondre à des besoins complexes et encore peu structurés, garantissant à chaque femme un accompagnement sécurisé, adapté et global.
CANCERS DE LA FEMME : PRÉVENIR, DÉPISTER ET INNOVER POUR UNE PRISE EN CHARGE PERSONNALISÉE
En France, les cancers représentent la deuxième cause de décès chez la femme. Entre 2003 et 2023, toutes localisations confondues, le nombre de nouveaux cas a été multiplié par 1,4, soit une augmentation de 43 % chez les femmes. Ces chiffres soulignent l’importance de mettre en place des stratégies de prévention, de dépistage précoce et de prise en charge adaptée. Face à ce constat, l’AP-HP développe des programmes innovants en cancérologie, intégrant les spécificités biologiques, sociales et environnementales des patientes.
Dépistage et prévention : des parcours adaptés aux besoins spécifiques des femmes
Le programme CASCADE (Lung CAncer SCreening in French women using low-dose CT and Artificial intelligence for DEtection), coordonné par l’hôpital Cochin Port-Royal AP-HP, illustre la volonté de proposer un dépistage ciblé pour les femmes à risque de cancer du poumon. S’adressant aux femmes de 50 à 74 ans avec antécédents de tabagisme, CASCADE combine scanners à faible dose et intelligence artificielle pour améliorer la détection précoce, réduire les faux positifs et limiter les interventions inutiles. Le programme, actuellement en cours, adopte une stratégie « d’aller-vers », avec invitation conjointe lors du dépistage du cancer du sein, facilitant l’accès aux soins pour des femmes éloignées du système de santé. Les premiers résultats soulignent une forte adhésion et une excellente performance diagnostique, tout en favorisant l’accompagnement médical et psychologique lors de la communication des résultats.
Dans le projet NIGHT SCAN, qui sera lancé prochainement à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP, l’attention est portée sur les travailleuses de nuit, population à risque augmenté de cancer du sein en raison de la désynchronisation circadienne et de la diminution de la mélatonine. L’étude proposera des consultations de prévention adaptées aux horaires du personnel de nuit, intégrant évaluation du risque individuel, plan personnalisé de prévention, suivi cardiovasculaire et orientation en médecine de la reproduction si nécessaire. Ce dispositif visera à améliorer l’adhésion aux recommandations de dépistage et à réduire les freins organisationnels et sociaux à l’accès aux soins.
Pour le dépistage du cancer du col de l’utérus, plusieurs initiatives démontrent l’efficacité d’approches innovantes et inclusives : le programme Papilup cible les patientes atteintes de lupus systémique, tandis que l’auto-prélèvement vaginal (APV) permet un accès facilité au dépistage chez des populations plus larges. Le projet PAPMOBILE, un bus santé en Seine-Saint-Denis (93), déploie un dépistage « hors les murs » pour les femmes éloignées du soin, avec un résultat en temps réel et un accompagnement immédiat vers les soins complémentaires. Parallèlement, le laboratoire de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP explore de nouvelles technologies de détection d’ADN tumoral du papillomavirus humain (HPV) et de « cartes d’identité génomique » pour affiner le diagnostic précoce et la stratification pronostique, ouvrant la voie à une prévention plus personnalisée et à l’éradication progressive des cancers induits par HPV.
Traitements et suivi personnalisés : intégrer innovation et qualité de vie
Pour le cancer du sein, le service de sénologie de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP mise sur l’innovation pour simplifier les parcours et améliorer l’expérience des patientes. Le repérage mammaire non filaire SCOUT® et l’utilisation de l’indocyanine green (ICG) pour le ganglion sentinelle permettent de réduire les contraintes chirurgicales et organisationnelles, favorisant la chirurgie ambulatoire et une approche plus sécurisée. Le recueil systématique de patient-reported outcomes et d’experience measures garantit que les décisions et évaluations de soins intègrent la perception et le vécu des patientes.
La reconstruction mammaire après cancer, développée à l’hôpital Ambroise-Paré AP-HP, illustre l’importance d’une approche individualisée. L’équipe privilégie les techniques autologues et mini-invasives pour restaurer l’intégrité corporelle, réduire la morbidité et permettre un retour à la vie normale, tout en respectant les préférences et le projet de vie des patientes.
En cancérologie gynécologique, les hôpitaux Bichat et européen Georges-Pompidou AP-HP développent des stratégies intégrées pour la préservation de la fertilité et l’optimisation des prises en charge. Le traitement conservateur des cancers et hyperplasies atypiques de l’endomètre permet à certaines patientes jeunes de conserver leur utérus tout en assurant un suivi rapproché. Par ailleurs, la chirurgie robotique pour les cancers ovariens de stade précoce et l’utilisation de l’ADN tumoral circulant comme biomarqueur promettent de réduire la morbidité et de personnaliser le suivi thérapeutique.
Recherche translationnelle et facteurs environnementaux : vers une médecine prédictive
Le service de cancérologie de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP est engagé de manière durable et structurée dans la recherche sur l’impact des facteurs environnementaux sur la progression des cancers du sein et l’endométriose. Une étude combinant cohorte observationnelle, modèles expérimentaux et analyses bio-informatiques. Ces travaux permettent d’identifier des mécanismes biologiques clés, de comprendre l’interaction entre polluants et tissus hormonodépendants, et d’ouvrir de nouvelles perspectives de prévention et de traitement ciblé.
PROTÉGER ET ACCOMPAGNER LES FEMMES EN SITUATION DE GRANDE VULNERABILITÉ
Au cours des dernières années, la prise en compte des violences faites aux femmes a connu des avancées majeures, marquées par le déploiement de dispositifs d’accueil, d’accompagnement et de prise en charge globale des victimes de violences conjugales, intrafamiliales et sexuelles. Dans ce contexte, l’AP-HP s’est pleinement engagée dans le développement de lieux ressources dédiés à l’accueil et au suivi des femmes victimes de violences.
Des parcours sécurisés pour les femmes victimes de violences
Dans le prolongement des conclusions du Grenelle des violences faites aux femmes, l’AP-HP a notamment créé des Maisons des femmes, implantées au sein des hôpitaux AP-HP de La Pitié-Salpêtrière, Bichat – Claude-Bernard, Hôtel-Dieu, Bicêtre et Antoine-Béclère. Ces structures hospitalières fonctionnent comme de véritables guichets uniques. Elles proposent un parcours de soin coordonné, pluridisciplinaire et personnalisé, associant une prise en charge médicale, psychologique, sociale et juridique, en lien étroit avec les services de police, de justice, les unités médico-judiciaires, les associations spécialisées et les collectivités territoriales. Ce parcours, d’une durée de six à douze mois, vise à accompagner les victimes dans la sortie du cycle des violences et à faciliter, lorsque cela est possible, les démarches judiciaires, notamment le dépôt de plainte. Par ailleurs, les Maisons des femmes de l’AP-HP jouent un rôle essentiel en matière de prévention, de repérage et de formation, auprès des professionnels de santé, des acteurs médico-sociaux, du monde éducatif et du grand public. Contribuant ainsi à une meilleure détection et orientation des patientes. Ce modèle innovant fait aujourd’hui l’objet d’une volonté de généralisation à l’échelle nationale.
Cette mobilisation s’est récemment renforcée avec le lancement, au 1er janvier 2026, d’une expérimentation nationale portant sur le remboursement des examens de biologie médicale permettant de détecter un état de soumission chimique. L’AP-HP y occupe une place centrale, avec la désignation du laboratoire de toxicologie de l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP comme centre expert pour l’Île-de-France. Ce dispositif mobilise également l’ensemble des services d’accueil des urgences, le centre antipoison de Paris, les Maisons des femmes ainsi que les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CEGIDD). Le centre de référence sur les agressions facilitées par les substances (CRAFS AP-HP situé à l’hôpital Fernand-Widal AP-HP) est chargé de la coordination, de la mise en œuvre et de l’évaluation de cette expérimentation, renforçant ainsi la capacité de détection et de prise en charge des victimes.
Se soigner sans renoncer à son rôle de mère : une réponse concrète à la précarité
Au-delà du sujet des violences, l’AP-HP s’attache également à réduire les inégalités sociales de santé qui touchent particulièrement les femmes en situation de précarité. Chaque année, de nombreuses patientes, souvent mères isolées, sont hospitalisées en urgence pour des complications liées à des maladies chroniques, notamment la drépanocytose, première maladie génétique en France. Dans ces situations, l’absence de solution de garde pour leurs enfants constitue un obstacle majeur à l’accès aux soins, pouvant conduire à retarder, écourter, voire renoncer à une hospitalisation pourtant indispensable. Confrontées à ce dilemme entre se soigner et assumer leurs responsabilités parentales, certaines femmes mettent gravement en péril leur santé.
Pour répondre à cette urgence sociale et médicale, le dispositif Drepagarde a été créé par le Réseau Erythrocyte et Drépanocytose (RED). Il vise à sécuriser le parcours de soins des femmes atteintes de drépanocytose en proposant une solution rapide et fiable de garde d’enfants pendant leur hospitalisation. Conçu initialement pour cette pathologie, Drepagarde a vocation à être reproduit et adapté à d’autres maladies chroniques et situations d’hospitalisation, programmées ou en urgence.
Le dispositif organise la prise en charge temporaire des enfants de moins de 15 ans, pour une durée pouvant aller jusqu’à cinq jours et quatre nuits, en mobilisant un réseau de confiance composé de professionnels de la petite enfance, de proches et de partenaires locaux. Coordonné par l’équipe sociale, il favorise la continuité du cadre de vie de l’enfant et limite les ruptures de parcours, permettant ainsi des hospitalisations adaptées aux besoins médicaux.
Solidaire, innovant et reproductible, Drepagarde contribue à la lutte contre les inégalités sociales de santé. Son objectif est clair : permettre aux femmes de se soigner sereinement, sans renoncer aux soins faute de solution de garde pour leurs enfants.
En plaçant la santé des femmes au cœur de ses priorités, l’AP-HP affirme une approche globale, continue et innovante de la prise en soin, à chaque étape de la vie. Au-delà des actions de prévention et des parcours de soins personnalisés pour les patientes, l’institution porte aussi un engagement fort pour accompagner ses professionnelles. Le déploiement d’actions dédiées, à l’image du Parcours Femmes 50, un parcours de soins dédié aux femmes de 50 ans et plus, illustre cette ambition.
Parce qu’elle induit un certain nombre de modifications physiologiques, la cinquantaine est une période clé pour la santé des femmes. À l’Hôtel-Dieu AP-HP, l’équipe du centre de diagnostic propose, en lien avec l’équipe de gynécologie de l’hôpital Cochin - Port-Royal AP-HP, une consultation dédiée aux professionnelles de l’AP-HP à partir de 50 ans pour faire le point sur leur santé. Une consultation médicale qui s’intéresse à la santé cardiovasculaire et métabolique, à la santé osseuse, au dépistage des cancers, à la santé gynécologique, à la nutrition, à l’activité physique, ou encore au bien-être. Elle permet d’effectuer une évaluation personnalisée et de proposer aux patientes une prise en charge adaptée à leur profil et leurs besoins.
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Un large éventail d’actions de prévention en faveur de la santé des femmes
Des prises en charge globales et innovantes pour soigner toutes les femmes
Accueillir et protéger les femmes victimes de violences ou en situation de vulnérabilité
Accompagner le désir d’enfant et préserver la fertilité des femmes
L’AP-HP au service de toutes les grossesses et de toutes les mères
La prise en charge de la santé gynécologique et sexuelle des femmes à tous les âges de la vie
Partager l’expertise en santé des femmes et s’inspirer dans le cadre de programmes internationaux
À PROPOS DE L’AP-HP
Premier centre hospitalier universitaire (CHU) d’Europe, l’AP-HP assure un service public de santé pour tous 24h/24. C’est pour elle à la fois un devoir et une fierté. L’AP-HP accueille chaque année plus de 8 millions de patients à tous les âges de la vie : en consultation, en urgence, lors d’hospitalisations programmées ou en hospitalisation à domicile. Elle est le premier employeur d’Île-de-France avec près de 100 000 personnes – médecins, chercheurs, paramédicaux, personnels administratifs, techniques et ouvriers, et peut compter sur plus de 2 000 bénévoles auprès des patients et des familles. Ses 38 hôpitaux sont organisés en six groupes hospitalo-universitaires (AP-HP. Centre - Université Paris Cité ; AP-HP. Nord - Université Paris Cité ; AP-HP. Sorbonne Université ; AP-HP. Université Paris-Saclay ; AP-HP. Hôpitaux universitaires Henri-Mondor et AP-HP. Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis), conventionnés avec sept universités franciliennes. Lieu de formation de plus de 22 000 étudiants et internes, l’AP-HP est aussi au premier rang de la recherche clinique en France. À ces missions, s’ajoute une action déterminée en matière de transformation écologique et de partage d’expérience à l’international. L’AP-HP s’engage pour demain. www.aphp.fr