L’insuffisance cardiaque survient lorsque le cœur ne parvient plus à assurer correctement ses fonctions de pompe pour répondre aux besoins de l’organisme. Elle peut se manifester par un essoufflement, une fatigue importante ou encore une diminution des capacités physiques. Malgré les progrès des traitements, elle reste une cause majeure de décès et d’hospitalisations.
Il existe plusieurs formes d’insuffisance cardiaque. Dans l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (ICFEP), la capacité du cœur à se contracter reste préservée, mais son fonctionnement est altéré notamment lors de sa phase de remplissage. Les patients présentent fréquemment plusieurs maladies associées, comme l’hypertension artérielle, la fibrillation auriculaire ou une atteinte rénale.
Cette forme d’insuffisance cardiaque reste toutefois difficile à caractériser. Des patients ayant le même diagnostic peuvent présenter des mécanismes biologiques différents, des symptômes d’intensité variable et des évolutions très différentes. Les outils diagnostiques actuellement utilisés ne permettent pas toujours de distinguer ces différents profils.
Pour mieux comprendre cette diversité, les chercheurs de PACIFIC-PRESERVED ont étudié de manière très détaillée 155 participants, en explorant non seulement leur cœur et leurs vaisseaux, mais aussi leur condition physique, leur état de santé général et de nombreux marqueurs biologiques et moléculaires. Grâce à des méthodes d’apprentissage automatique, deux profils d’ICFEP ont été identifiés :
Le profil PEF1 qui se caractérise notamment par une inflammation plus importante, des marqueurs de lésions cardiaques et musculaires et une atteinte rénale plus marquée ;
Le profil PEF2 qui est davantage caractérisée par un stress endothélial, c’est-à-dire une altération du fonctionnement des vaisseaux sanguins, avec des perturbations biologiques plus modérées.
Ces deux profils ne peuvent pas être distingués de manière fiable à partir des seuls critères diagnostiques habituellement utilisés. En combinant données cliniques, d’imagerie et protéomiques, les chercheurs ont développé un classificateur capable d’identifier ces profils avec une bonne précision (score F1 : 0,87).
Ces résultats ont été confirmés dans une cohorte indépendante de 456 patients atteints d’ICFEP. Le profil PEF1 était associé à un risque plus de deux fois supérieur de décès ou d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque par rapport au profil PEF2 (hazard radio ajusté de 2,27 et intervalle de confiance de 95 % : 1,04–4,94).
Ces travaux montrent ainsi que l’ICFEP ne constitue pas une maladie unique mais regroupe plusieurs profils biologiques. Cette nouvelle classification pourrait, à terme, contribuer à mieux évaluer le risque des patients et à développer une prise en charge plus personnalisée de l’insuffisance cardiaque.
Des travaux complémentaires seront nécessaires pour déterminer si ces profils biologiques peuvent être utilisés en pratique clinique et, surtout, s’ils peuvent permettre de guider de manière personnalisée les traitements et le suivi des patients.
* Cette étude a été coordonnée par le Pr Jean-Sébastien Hulot de l'Université Paris Cité, chef du service de pharmacologie et directeur du centre d’investigations cliniques (CIC1418) de l’Hôpital européen – Georges Pompidou AP-HP, et chef de l’équipe de recherche physiopathologie et thérapie intégratives des maladies cardiaques au PARCC (UPCité, AP-HP, Inserm).
Ce travail est issu du consortium PACIFIC soutenu par la BPI (n°BPI2018-PSPC-07).
Références : Jean-Sébastien Hulot, Pierre-Yves Hervé, Nicolas Girerd, Frédérique Chézalviel- Guilbert, Philip Janiak, Pierre Boutouyrie, Jean-Joseph Christophe, Ariel Cohen, Thibaud Damy, Liliane Berkani, Kevin Duarte, Caroline Fraslon, Hüseyin Firat, Olivier Hanon, Richard Isnard, Guillaume Jondeau, Elie Mousseaux, Mathieu Pernot, Andrea Ruiz-Velasco, Alfonso Sartorius, Benoit Tyl, Gilles Soulat, Philippe Boutinaud, Damien Logeart - Nature Communications
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