Mis à jour le 29/05/2026
« Les plateformes technologiques, un outil puissant pour accélérer la recherche de pointe »
Il existe près d’une vingtaine de plateformes technologiques à l’AP-HP, dans des domaines très pluriels. Ces plateformes permettent de mutualiser des outils et des compétences, et offrent une grande visibilité à leurs équipes, en interne et en externe. Pour mieux les accompagner, une démarche de labellisation AP-HP a été engagée. Florence Baguet, directrice des finances et des plateformes technologiques à la direction de la recherche clinique et de l’innovation (DRCI) de l’AP-HP, revient sur ce que sont ces plateformes, leur apport pour les patients, les équipes, les chercheurs, ainsi que les avantages de cette labellisation.
Qu’est-ce qu’une plateforme technologique ?
Florence Baguet : Il s’agit d’une structure mutualisée, qui accélère la recherche de pointe, et fournit des services non seulement aux professionnels de l’AP-HP, mais aussi à des partenaires académiques ou industriels.
Concrètement, une plateforme permet de partager des outils et des équipements très innovants, mais souvent coûteux. Elle est aussi un moyen de réunir des compétences et des expertises, au service d’innovations pour les patients.
Quels sont les apports des plateformes technologiques ?
F.B. : Les plateformes permettent de :
- mutualiser, pour tous les services de l’AP-HP, des outils avec une composante technologique très forte, en organisant l’utilisation et les circuits d’accès ;
- renforcer les expertises des équipes de l’AP-HP et les mettre à disposition d’interlocuteurs externes ;
- mettre en lumière le positionnement de l’AP-HP sur des sujets scientifiques stratégiques, innovants et parfois concurrentiels ;
- optimiser l’utilisation de technologies coûteuses en les finançant partiellement avec des prestations pour des partenaires externes ;
- éviter l’externalisation coûteuse vers des plateformes extérieures.
Au-delà de ces bénéfices, les plateformes offrent aussi aux professionnels de la recherche une visibilité en interne et en externe.
Combien y-a-t-il de plateformes technologiques à l’AP-HP ?
F.B. : Le terreau de l’AP-HP est très riche : on compte à l’heure actuelle une vingtaine de plateformes technologiques ouvertes à tous les hôpitaux de l’AP-HP : médicaments de thérapie innovante, impressions 3D, bloc opératoire interventionnel, pathologie augmentée, étude de données en vie réelle, imagerie cardiovasculaire multimodale avec de l’IA etc. Mais de futures plateformes sont aussi en projet dans des domaines très divers comme la génomique – l’étude de génomes ou la phagothérapie – l’utilisation de virus pour combattre des bactéries.
Avec des effets concrets sur la prise en charge des patients. Quelques exemples parmi tant d’autres :
- grâce à une machine innovante dédiée, la plateforme BOPTECH maintient perfusés 7 à 14 jours des foies humains cancéreux explantés en conditions quasi physiologiques et permet aux biotech et medtech de tester leurs innovations avant la phase clinique.
- MONITOR explore les effets indésirables des médicaments et des nouvelles drogues de synthèse, ainsi que la résistance aux traitements.
- CYPS AP-HP est une plateforme de cytométrie – une méthode de comptage des cellules - experte dans le diagnostic des maladies auto-immunes et le suivi des immunothérapies.
- L’unité mixte de service UMS autonomie conçoit des solutions pour l’autonomie tout au long de la vie.
- Le Centre MEARY de thérapie cellulaire et génique de l’AP-HP produit et distribue des médicaments de thérapie innovante (MTI) expérimentaux pour des maladies graves, chroniques ou rares, telles que les leucémies, l’insuffisance cardiaque, les brûlures oculaires.
Toutes ces plateformes illustrent la façon dont l’AP-HP peut se positionner sur des sujets scientifiques stratégiques, innovants et concurrentiels.
Comment les plateformes technologiques sont-elles accompagnées au niveau institutionnel ?
F.R. : Nous avons engagé une démarche de labellisation : « Plateformes@AP-HP », à l’instar d’autres institutions qui ont également créé ce type de label - CurieCoreTech pour l’Institut Curie, IBiSA pour le GIS IBiSA, entre autres. Les objectifs de la démarche sont de :
- rendre visible l’offre de service et le modèle de tarification et de valorisation à destination des académiques et industriels des plateformes ;
- mettre à disposition des outils : trame de contrat de prestation, service d’achat et de facturation à la direction de recherche clinique et de l’innovation (DRCI) de l’AP-HP, trame de calcul de devis, partage de méthodologies, communication sur divers outils ;
- accompagner financièrement le développement technologique des plateformes pour les plateformes les plus ouvertes aux partenariats industriels via le Carnot@AP-HP ou les bioclusters qui bénéficient de crédits France 2030 ;
- au niveau AP-HP, mettre en cohérence les fonctionnements et les pratiques des plateformes technologiques.
Pour certaines plateformes, le label viendra reconnaître une situation existante, pour d’autres il aidera à se « mettre au niveau ».
Labellisation, mode d’emploi
La labellisation repose sur sept critères obligatoires :
- l’ouverture à tous les hôpitaux de l’AP-HP avec une offre de services structurée, et éventuellement à des acteurs extérieurs ;
- le fait d’avoir un modèle économique défini ;
- la mise en place d’un circuit de gestion établi ;
- l’instauration d’une gouvernance claire et partagée ;
- l’utilisation de moyens dédiés avec des modalités de contact définies ;
- l’élaboration d’une stratégie d’évolution technologique partagée ;
- et enfin l’engagement dans une démarche qualité.
La labellisation s’effectue en trois étapes : une auto-évaluation, une présentation devant la commission recherche et innovation, une validation en point recherche. À ce jour, cinq plateformes sont labellisées. Nous encourageons vivement les autres plateformes à se lancer dans la démarche.