Mis à jour le 30/06/2026
Cancers du col de l’utérus : une nouvelle approche dans la prise en charge des lésions précancéreuses utérines à l'hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP
En France, environ 3 000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus diagnostiqués sont diagnostiqués chaque année. À l'hôpital Pitié-Salpêtrière, le service de chirurgie gynécologique et mammaire accompagne les femmes dès les premiers signes d’une atteinte utérine. Depuis maintenant un an, une technique de traitement sous anesthésie locale des lésions précancéreuses, directement en consultation, se développe. Cette innovation marque une étape importante pour améliorer le confort des patientes et la fluidité du parcours de soin.
Le cancer du col de l’utérus est majoritairement lié à une infection persistante par le papillomavirus humain (HPV). Si la quasi-totalité des personnes rencontrent le virus au cours de leur vie, une minorité développe une infection persistante. C'est cette persistance qui constitue le principal facteur de risque de transformation vers des lésions précancéreuses, puis cancéreuses. Il est important de rappeler que la vaccination contre l’HPV, recommandée dès l’âge de 11 ans, constitue un pilier majeur de la prévention primaire.
Comprendre le dépistage : frottis ou test HPV ?
Le dépistage organisé, recommandé entre 25 et 65 ans, repose sur deux méthodes complémentaires selon l'âge :
- Entre 25 et 30 ans : on réalise une cytologie (le frottis classique). À cet âge, la prévalence de l’HPV est élevée et souvent transitoire ; faire un test HPV systématique entraînerait trop de résultats positifs non pertinents.
- À partir de 30 ans : le test HPV devient la référence. À cet âge, si le test est négatif, le risque de développer une lésion dans les cinq ans est proche de zéro. Il est donc inutile de le réaliser chaque année : un intervalle de cinq ans est suffisant.
La conisation : une intervention simplifiée sous anesthésie locale
Un résultat anormal ne signifie pas immédiatement la présence d'un cancer. Si une anomalie est détectée, la patiente est orientée vers une colposcopie. À l'aide d'un microscope spécialisé et de colorants, le médecin examine le col et le vagin pour identifier, en les grossissant, les lésions invisibles à l'œil nu. Si une zone suspecte est repérée, une biopsie est réalisée pour confirmer le diagnostic.
Lorsqu'une lésion de haut grade (CIN2 ou CIN3) est confirmée, un traitement est nécessaire : la conisation. Ce geste consiste, sous contrôle microscopique, à retirer la zone malade du col utérin à l'aide d'une anse diathermique (un appareil utilisant une électrode). Le médecin procède alors à un « pelage » précis de la zone présentant l'anomalie, en épargnant les tissus sains.
Le service de chirurgie gynécologique et mammaire de l'hôpital Pitié-Salpêtrière pratique ces interventions sous anesthésie locale ; et les avantages sont multiples :
- Le déroulement : l'intervention dure environ 20 minutes. Le médecin effectue quatre petites injections d'anesthésiant (1 ml chacune) directement dans le col.
- L'évaluation de la douleur : après l’intervention, les patientes peuvent remplir un questionnaire pour évaluer la douleur, utilisant des échelles numériques (de 0 à 10). Les résultats révèlent une très bonne tolérance, avec une note moyenne de 2/10, soit un ressenti souvent inférieur aux douleurs menstruelles classiques.
- Les bénéfices : plus besoin d'être à jeun, pas d'anesthésie lourde ni de convalescence longue, et aucun arrêt de travail n'est requis.
Une pratique d'avenir pour une meilleure prise en charge
Bien que cette méthode soit déjà largement encouragée dans certains pays comme l'Italie, elle reste encore peu répandue en France. Toutefois, elle progresse sous l'impulsion de sociétés savantes, notamment la Société française de colposcopie et de pathologie cervico-vaginale (SFCPCV), qui forme désormais les spécialistes à cette technique.
« Si l'anesthésie générale reste une option pertinente pour les patientes très anxieuses, l'immense majorité des femmes opterait pour la locale si le choix leur était offert », Pr Geoffroy Canlorbe, chirurgien gynécologique à l'hôpital Pitié-Salpêtrière.
Au-delà du gain de temps organisationnel, cette évolution de la pratique participe à une amélioration globale du système de prise en charge. En évitant les lourdeurs du bloc opératoire et en veillant tout particulièrement à la maîtrise de la douleur et au bien-être des patientes, cette approche replace l'humain et le confort au centre de la stratégie thérapeutique.